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2
sur 5

Si l’on fait abstraction de protagonistes attachants (une poignée de lycéens des quartiers nord de Marseille, confessant face caméra leurs aspirations et états d’âme à la lumière du classique de Madame de Lafayette), et de sa toute relative originalité thématique, une question s’impose face à Nous, princesses de Clèves qu’est-ce qui, précisément, démarque ce film d’un reportage télévisé sur le même sujet ? L’argument « Clèves » suffit-il à justifier l’exploitation sur grand écran de témoignages au fond assez communs ? Pas sûr. La question se pose ici comme elle se poserait à toute production à visée ouvertement républicaine, mue prioritairement par la volonté de « donner la parole », d’accorder une image à qui de droit, à savoir : chacun.

Nous, princesses de Clèves a au moins le mérite de convenir implicitement que son sujet, quand bien même il chercherait à déborder son cadre (les amours courtoises de la cour du roi Henri II, toute de messes masses et de démonstrations de vertu, en regard des projections des jeunes filles d’aujourd’hui), est en même temps sa borne, sa charge. Défilent ainsi sur un peu plus d’une heure plusieurs portraits aussi séduisants que banals, parmi lesquels se distinguent à la rigueur ceux où aux interprétations du roman par l’adolescent(e) répondent en montage alterné celles de ses parents – l’origine étrangère de la plupart des protagonistes donne par ailleurs corps à de très beaux moments, par exemple quand, aux inquiétudes d’un père arabe concernant la sécurité de sa fille, se coordonne sa lecture de passages clés du roman, universalisant davantage encore sa portée.

Un certain didactisme coûte ainsi au film sa pertinence politique et esthétique. Les jeunes ici présentés, bien que faisant inévitablement – et un peu par réflexe, il est vrai – penser à ceux de fictions à haute portée sociétale comme L’Esquive ou Entre les murs, ne semblent jamais s’émanciper du projet initial. Et d’un bout à l’autre restent au service, aussi bien dans leur discours que dans leur photogénie même (usage prioritaire du plan rapproché, sans doute à dessein de présenter le film avant tout comme le territoire d’une expression libre, bien qu’aseptisée) d’une entreprise aussi noble qu’artistiquement un peu inconséquente.