Avec ce road movie filmé dans un noir et blanc purement décoratif, Alexander Payne ressort en fait de ses tiroirs un scénario écrit il y a neuf ans. On ne s’étonnera donc pas que Nebraska semble avoir presque dix ans de retard. Le pitch est du genre décourageant : un pépé acariâtre (Bruce Dern, bon acteur condamné ici à un épuisant cabotinage) décide contre l’avis de sa femme, qu’il ne supporte plus et qui bien sûr le lui rend bien, de se rendre dans le Nebraska – deux mille bornes à pied. L’enjeu du voyage ? Toucher le million de dollar mensongèrement promis par un dépliant publicitaire. Le vieux, qui a passé sa vie à boire, a deux fils : le plus jeune est un loser, ancien alcoolique lui aussi, qui vend du matériel hi-fi dans un grand magasin, tandis que l’autre à réussi (il passe à la télé). Le cadet décide de faire la route et de renouer avec son paternel, pour le suivre dans sa lubie où viendra les rejoindre la famille toute entière, évidemment haute en couleur quand le film ne l’est pas, enquillant les chromos gris comme une carte postale d’après-guerre.

Autant dire que Nebraska peine à réveiller l’histoire d’un genre qui s’est retaillé un beau succès nunuche il y a bientôt dix ans, avec Little Miss Sunshine, dont il est ni plus ni moins que le remake avec un vieux – promis au même succès tant les vieux ont la peau dure et les vieux pots la même longévité. Surtout qu’on connaît la fortune de cette recette du côté de Sundance, où Payne a fait ses premières armes. Le film enfile donc les clichés comme des perles, comme s’il avait peur de l’embardée, craignait de faire une image un peu différente de ce que le cinéma américain offre depuis vingt ans sous le label indépendant. Autant dire : un film morne et plat comme une route américaine.

Reste à son crédit que l’Amérique, même ainsi parcourue, c’est toujours beau à voir. En tout cas jusqu’à ce que le voyage nous conduise vers le village natal du vieil homme, où le scénario finira par donner du cœur gros comme ça à tous les membre de la famille, opposée à d’autres péquenots qui violeurs, qui voleurs, tous zombies bière à la main à n’importe quelle heure de la journée. Ceux-là offrent à bon compte un repoussoir comique afin de laisser une place au gentil couple de vieux qui, allez, c’était pour rire, s’aiment bien quand même : le temps ça use, mais ça soude aussi. Ajoutez à cela que les vieux et les ploucs, encore mieux les vieux ploucs, sont une proie facile pour le rire, et vous obtenez le degré d’antipathie assez haut duquel le film regarde ses personnages.

Pour enrober le tout, la musique. Languide de préférence, afin d’accompagner le gris, quelques notes répétées ad nauseam de guitare et de violon slow country, histoire de ne pas trop accélérer la mesure. Bon moyen d’éviter tout suspense, toute inquiétude qui pourrait un moment vous tenir éveillé et vous laisser espérer une possible sortie de route. Mais non, le film finit exactement là où il a commencé : dans la certitude qu’il y a de ça bientôt dix ans, on l’avait déjà vu.

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