Sur le papier, il y avait de bonnes raisons d’être curieux. Belle idée en effet que de rentrer ainsi par la petite porte dans le mythe, de suivre la tournée des Mozart à travers les différentes cours d’Europe où se produisent les jeunes prodiges. Le parti-pris annonçait de belles promesses : un road movie à travers l’Europe du XVIIIe, la destinée romanesque et brisée d’une figure oubliée par l’histoire… Peu de Wolfgang, donc, réduit à l’image de garçon fanfaron (le jeune acteur a la beauté canaille de Melvil Poupaud au même âge dans les films de Raoul Ruiz), beaucoup de Nannerl. Sur l’écran, pas grand-chose tant ce récit apparaît, à tout point de vue, académique et sage.

Le film bute surtout sur la question de l’incarnation de personnages du passé. On le sent hésiter, jouer la proximité (quand il filme la famille dans son intimité) en même temps que l’éloignement. Bel élan dialectique, il y avait effectivement quelque chose à gratter. Mais le résultat est vraiment trop gauche : bien trop écrit et littéraire, limite guindé (même les claques sonnent faux), et en même temps extrêmement voyant dans ses tentatives d’introduire du naturel et du spontané. Les acteurs ne savent plus sur quel pied danser, déchirés entre un parti-pris de distanciation visiblement imposé par le cinéaste et les tentations momentanées d’insuffler de la vie et du contemporain dans leurs personnages. Trop appliqués, effrayés à l’idée de toute fantaisie. C’en devient même un contresens, un film aussi coincé pour un siècle libertin. Même un truc a priori un peu scabreux : le tête à tête d’ados en émois travestis ne génère qu’une récitation monocorde (avec quelques gros plans sur des regards de braise, tout de même, pour donner l’illusion de la passion). Comme antidote, pour se replonger dans l’esprit leste du XVIIIe, on reverra plutôt l’excellent Valmont de Forman.

Il faut reconnaître tout de même qu’après une première heure ennuyeuse, le film finit par décoller un peu, lorsque la trajectoire de Nannerl se sépare de celle de sa famille, que le road-movie devient biopic et montre la jeune fille esquisser une émancipation vite contrariée. Evidemment, sur le même thème, on est loin d’Une Education. Mais quand bien même un truc continue de nous bloquer, au niveau de l’interprétation et de l’écriture, le sujet est tel qu’il finit par forcer l’intérêt, puis l’émotion, jusqu’à un final vraiment beau et fort, presque rageur. Malgré ce rétablissement inespéré, Nannerl reste l’exemple-type du film qu’on voudrait aimer plus, dont on aime l’intention plus que le résultat-même.

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