PARTAGER
3
sur 5

Essai atypique, M/other nous convie à une expérience de cinéma à la fois jouissive et éprouvante. Jouissive d’abord, parce que l’histoire, fondée sur un dispositif original de constante improvisation, classe ce film parmi ces œuvres courageuses et jusqu’au-boutistes qui font de l’aléatoire leur matière brute. Pendant plus de deux heures, le cinéaste explore au plus près l’intimité d’un couple bouleversée par l’arrivée du fils issu d’un précédent mariage de l’homme. L’annonce de cette future cohabitation donne lieu à une scène étrange, qui instaure d’emblée un malaise disproportionné par rapport à son contenu (le jeune Shun ne séjournera finalement chez eux qu’un mois, le temps de l’hospitalisation de sa mère). C’est ce malaise qui nourrit la première heure du film, l’impression que les faits et gestes quotidiens de cette famille recomposée sont mus par de terribles non-dits. Improvisant à partir de conversations intimes déjà écrites par le réalisateur, les acteurs participent par leur jeu introspectif à cette atmosphère pesante qui transforme une banale histoire de famille en film à suspens. La sobre mise en scène de Nobuhiro qui se contente d’accompagner le plus discrètement possible les dialogues entre les protagonistes compose ainsi une histoire à la fois transparente et floue.

Par la suite, cette atmosphère mystérieuse de drame imminent laisse place à une démonstration très concrète sur le dilemme moral qu’éprouve un couple moderne, en rupture avec la tradition. En clair, Aki et Testuro culpabilisent parce qu’ils ne suivent pas le schéma conjugal classique (un mariage + un enfant). Si le cinéaste semble fasciné par les évolutions psychologiques de ses protagonistes qu’il scrute attentivement, force est d’avouer que le spectateur l’est beaucoup moins deux heures et demie durant. Car les conversations finissent par tourner en rond, ressassant inlassablement les mêmes questions avec souvent pour réponses de pénibles silences. Le style du cinéaste, imprégné de situations cassavetiennes, peine à maintenir la progression dramatique qui caractérisait le talent de l’Américain et s’épuise dans une redite étouffante. Cependant, malgré ses longueurs et l’endurance qu’elles impliquent de la part du spectateur, M/other charme par son style affirmé à mille lieux de tout conformisme « psychologisant ».