PARTAGER
3
sur 5

Le divorce, ses jalousies, ses rancœurs dissimulées et ses franches mesquineries, on les connaît. Pour donner un nouvel aperçu du problème, la documentariste Claudine Bories a eu l’idée de poser pendant quelques jours sa caméra dans un centre de médiation pour parents divorcés dans une cité de Bobigny. Contrairement à ce qu’indique le titre, trompeur, ce n’est pas la séparation vue sous un angle sentimental qui a intéressé la réalisatrice, mais son enjeu le plus fréquent : la garde des enfants, et ses imbroglios juridiques aux conséquences souvent dramatiques.

Le personnel du centre Aadef de Bobigny, situé en face du tribunal où sont tranchés les cas de divorce, accueille une population modeste, majoritairement maghrébine. Claudine Bories, qui sait être là où il faut tout en se faisant discrète, observe placidement les réactions de ces parents qui, un week-end sur deux, viennent chercher le ou les enfants dans ce centre. Comme ce père qui embrasse son fils, lui parle, sans adresser la parole à son ex-femme, ni même lever les yeux sur elle, pourtant dans la même pièce. Ou cet autre qui persiste à ne pas comprendre pourquoi il ne peut pas emmener ses enfants en vacances, comme il le désire, et ne se résout pas à accepter les décisions du juge. Ou encore celui qui, sur ses deux heures de droit de visite, s’absente pendant une heure et demie, et confie au médiateur qu’il a surtout l’intention, pendant ce court temps qui lui est imparti pour voir son fils, de reconquérir sa femme…

Impartial, Monsieur contre madame ne cherche pas le sensationnel, mais à nous donner, par tel ou tel épisode secrètement dramatique, un aperçu des choses humaines. Le besoin d’amour, la frustration, l’incompréhension animent les pères et les mères divorcés, confrontés à une responsabilité qui devient l’enjeu d’une lutte : l’enfant. Les médiateurs de Bobigny, dans un langage simple, avec une incroyable patience et une grande fermeté, tentent de se mettre à l’écoute de ces gens, dont beaucoup sont des immigrés aux revenus modestes qui doivent se conformer à la loi française en la matière. Il en résulte des face-à-face angoissants ou surréalistes, parfois même cocasses, au cours desquels le bon sens n’est d’ailleurs pas toujours là où on l’attend. Heureusement, l’honnêteté et la sensibilité restent tout au long du film du bon côté de la caméra.