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3
sur 5

Suite de la collection des « excentriques du cinéma anglais », petit catalogue de titres quasi inconnus venus d’outre-Manche, avec en poches des propositions pas toujours convaincantes jusque-là. De tous, le cinéma animé de Phil Mulloy semble le plus fertile et le plus travaillé par une exigence et une cohérence de vision. Onze courts métrages, univoques dans le style et le propos, à prendre comme un seul film tant la rhétorique qui s’y fait entendre connaît peu de soubresauts ou de décrochages. Onze films et une seule histoire déclinée en diverses fabulettes visitées de temps à autres par des sortes de running gags courant entre les fils du programme (genre : la mort accidentelle du prime minister, quasi décapité devant le 10, Downing Street). L’histoire, ce serait le grand désarroi de l’homme moderne, seul face à sa misère existentielle et sexuelle, seul face à un système capitaliste à la fois montré comme puissance anthropophage et vaste liturgie obscurantiste promise à la destruction finale.

Dire à quoi ressemblent les films de Phil Mulloy, c’est d’abord décrire les bonshommes qui les peuplent, sortes de petites tâches carbonisées, silhouettes âcres et terreuses s’agitant sur fonds uniformes. D’où viennent-ils ? Des squelettes à chapeau de l’art brut mexicain, ou peut-être du souvenir, en cas de cinéphilie aiguë, de Que viva Mexico ! Que font-ils ? Ils attendent l’apocalypse, qu’elle vienne from outer space ou des grandes instances du capitalisme. De l’espace : les Zogs, civilisations d’aliens à l’envers, où l’on porte le phallus à la place de la tête, et vice versa. Du grand capital : paraboles sociales où l’enfer du libéralisme pave le sort de pauvres bougres. Excentrique, Phil Mulloy ? Au moins, paradoxe à part, pour cette manière de se tenir à une ligne, la sienne, sans jamais céder. D’où, peut-être, l’impression de piétinement qui se dégage de l’ensemble, mais où se lit une belle ténacité. Excentrique là, davantage que dans le discours diffusé à tue-tête dans les films, qui se nourrit sans grandir d’une mélancolie ténébreuse et d’un programme politique un peu mince et répétitif.