PARTAGER
1
sur 5

Du deuxième film d’Emilie Deleuze (après Peau neuve il y a quatre ans), on aurait envie de dire qu’il eut mieux fallu qu’on ne le voie pas. Du moins pas sous cette forme là, tant il est évident, à la vue de ce qui ressemble fort à un ratage, que quelque chose cloche. Sans doute faut-il en chercher la raison dans la manière dont le film a été produit : un budget initial très largement revu à la baisse peu de temps avant le tournage, d’où une réécriture expresse. A quoi tient le destin d’un film… Faute de pouvoir imaginer ce que serait le film réalisé dans des conditions normales, il nous reste à voir et à juger celui-là. Tout part d’une arnaque : pour rembourser ses dettes à un suintant mafieux, le propriétaire d’une petite écurie de chevaux au bord de la faillite achète aux ventes aux enchères un cheval pour un prix supérieur à sa valeur. Qui dit gros prix d’achat dit grosse prime d’assurance. Il ne reste plus qu’à tuer le cheval pour l’obtenir. Mais comme s’il connaissait son funeste sort, l’animal révèle vite un gros potentiel sportif, ainsi qu’un fichu caractère qui le rend extrêmement dangereux. Du coup, plus question de le tuer. Lui, par contre, tue. Entre alors en scène le frère du propriétaire, danseur de claquettes à ses heures, obsédé par le désir de comprendre le mouvement des chevaux.

Un cheval, des claquettes : on voit très bien et trop vite où la cinéaste veut en venir. La scène arrive, Mathieu Demy met longtemps à le comprendre, et voilà l’homme face à l’animal : l’un piaffe, l’autre tape du pied, bientôt ils dansent. Rien ou presque ne passe dans ce qui devrait être l’acmé du film. Mister V. avance ainsi, par scènes tuées dans l’oeuf. La faute à ce romanesque brinquebalant qui tente de tenir debout malgré la faiblesse de l’intrigue, sacrifiant un à un ses nœuds de fiction sur l’autel de l’efficacité (avancer, avancer, quand rien n’accroche il ne reste que cela à faire). On sent le film se déliter au fil des minutes, si bien qu’il baisse les bras et tente de se rattraper, sauver les meubles, le temps de quelques plans sur ce cheval fougueux et violent qui de son box fait régner la terreur et nourrit les espoirs. Mais dans ce film sans intensité et sans muscle, le manque d’ambition du récit et l’indigence de la mise en scène dégonflent à l’avance toute tentative d’un lyrisme animalier.