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3
sur 5

Distribution 100 % blonde, musique digne du générique de Dawson, titre furieusement Arlequin, rarement un film n’aura été aussi frontal dans sa manière d’aborder un genre, une histoire et un personnage. Ici Astrid (Alison Lohman, vue récemment dans Les Associés), ado martyre dont la vie bascule dans le pire mélo larmoyant quand son élitiste de mère est incarcérée pour homicide volontaire. Placée dans différentes familles d’accueil, la jeune femme apprend la vie dans la douleur et cherche à tuer la mère dans la douceur.

La limite du film, c’est son ahurissant corset de conventions que Peter Kominsky s’évertue à serrer de plus en plus fort jusqu’à l’asphyxie du moindre imprévu. Du personnage ultra-aryen de Michelle Pfeiffer à la construction rigoriste du scénario (trois ans, trois familles, trois traumas), en passant par le fétichisme absolu de la mise en scène, Laurier blanc se complet dans l’aplat et le parfaitement théorique. Mais si le film ne fait pas autre chose que de sauter à deux pieds dans le malheur, il remplit parfaitement sa mission : raconter efficacement une histoire sinueuse et provoquer l’émotion. Une émotion brute de décoffrage, assenée sans finesse spéciale, mais sans roublardise aucune. Ouvrier enthousiaste et consciencieux, Kominsky témoigne d’une énergie étonnante à exploiter la matière première du scénario (trauma, adolescence) et tient perpétuellement à la faire partager avec son public.

Un public d’aficionados des kleenex, acquis d’avance, mais que le cinéaste tente de combler au delà de ses espérances, à l’image de la scène où Astrid préfère une prolo vulgos à une famille d’accueil modèle après une série de mauvaises expériences, comme pour prolonger jusqu’au bout la souffrance. Mais la ferveur de Kominsky ne touche pas seulement au public mélo. Sa manière furibarde, parfois maladroite, de crier son amour pour un genre, de sangloter avec et sur Astrid, trouve une résonance bienvenue avec la quête de sa Cosette new age perdue dans un monde d’adultes dégénérés. Et c’est toute la force du film. A assommer ainsi son actrice sous une avalanche de malaises en tous genres, Kominsky révèle avec sensibilité ce qui l’obsède tant : aimez mon film, aimez-moi.