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2
sur 5

Réalisé par un cinéaste plus ou moins réputé (Lee Tamahori, auteur du mini-film culte L’Ame des guerriers), le dernier James Bond avait tout de la bonne surprise annoncée. Le résultat, s’il ne déçoit pas totalement, ne viendra pas changer la donne : Bond est à bout de souffle, et pas même l’ironie lumineuse de Pierce Brosnan ne suffira à relancer une série tombée depuis longtemps dans une autosuffisance pépère et toussotante.

Pendant quelques instants pourtant, tout est là pour y croire. Brosnan tout d’abord, sorti de deux joyaux (Thomas Crown de John McTiernan et The Tailor of Panama de John Boorman) qui, jouant ostensiblement avec le mythe Bond, parvenaient à ouvrir plusieurs pistes dont la série aurait dû s’emparer : une auto-dérision flirtant avec le cynisme, mais où le principal – action, virtuosité, légèreté et exotisme – se transformait en matière vive du récit. Durant une petite heure (ce qui est déjà beaucoup, mais peu sur deux heures quinze de film), Meurs un autre jour aguiche au plus haut point, enchaîne les surprises (une surf-poursuite sidérante, un générique exceptionnel, en rupture avec la tradition, Halle Berry étincelante, des dialogues ciselés, un jeu du chat et de la souris euphorisant) et, surtout, propose une idée formidable : Bond, radié des services secrets, perd son double zéro et se retrouve à la rue, tel un vagabond. Le film, à cet instant, laisse espérer que Tamahori a tiré les leçons des escapades de l’acteur et de sa volonté de faire évoluer le personnage, en dehors de la série s’il le faut. Bond devient soudainement un parvenu malicieux, jouant de ses relations et de son aura magnétique pour remonter les écheveaux de la société, cette fois en aristocrate déchu.

Mais la comédie d’espionnage haut de gamme se transforme, peu à peu, en film d’action ennuyeux et mal fichu. Arrivé dans un gigantesque palais de glace, royaume de son ennemi (une sorte de double de Bond, autre idée magnifique), l’agent de sa majesté reprend les affaires courantes : poursuite en voiture invisibles, délire technologique pâteux (coursé par un rayon laser faisant fondre une bonne moitié des réserves de glaciers de la planètes), etc. Tamahori, qui laisse croire au cours d’une scène de duel au sabre qu’il est un réalisateur doué, sombre dans le film-making le plus je-m’en-foutiste qui soit. Comme le veut la tradition, et même si l’on fait tout cette fois pour y résister, tout bascule en une fraction de seconde : le spectateur décroche et tout semble, désespérément, à refaire. Peut-être la prochaine fois.