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sur 5

En Corée, dans un collège de filles, Minh Ah trouve un journal intime laissé par une autre élève. En feuilletant les pages richement décorées, elle découvre que le journal relate l’histoire d’amour entre deux élèves. Elle se met alors à épier les deux amantes, jusqu’au jour où l’une d’elles, Hyao Shin, délaissée par celle qu’elle aime et rejetée par les autres, se suicide. Mais son fantôme continue de hanter le collège…

Memento mori aurait pu être un Virgin suicide à la coréenne, tant il reprend à son compte les images rose-bonbon de l’adolescence, l’infantilisation de ces jeunes filles cloîtrées et sur-protégées dans un pays au système éducatif encore traditionaliste. Mais rien n’enlève à l’adolescence ses intuitions d’absolu, ses rêves d’amour fou, ni son énergie morbide. C’est cela que Kim Tae-Yong et Min Kyu Dong ont choisi de traiter à travers le beau personnage de Hyao-Shin : l’amoureuse échappe à la mesquinerie et à la puérilité ambiante, et par la grandeur de ses sentiments, se hisse loin au-dessus d’un système régressif et conservateur. Même après sa mort, elle vient hanter le collège, perturber les médisances des élèves, réconforter un prof malheureux et amoureux d’elle, leur rappeler leur triste condition.

Memento mori, malgré ces belles intentions, pêche malheureusement par les approximations et la naïveté de sa mise en scène : la manière de filmer la vie du collège « au naturel » aboutit à des séquences insipides et ennuyeuses, et la plupart des jeunes actrices se livrent à des cabotinages agaçants et convenus. Pourtant, l’histoire est enclenchée dès le début, lorsque Minh Ah trouve le journal, mais les réalisateurs semblent tout faire pour démanteler cette première partie par des ruptures de rythme hasardeuses, et un montage grossier. Peu à peu, le film trouve le bon débit, et l’on est à plusieurs moments ému par la relation des jeunes filles, frappé par la mort de Hyao Shin, pris par cette tragédie d’amour. Hélas, les choses se gâtent à nouveau lorsque Kim Tae-Yong et Min Kyu-Dong nous entraînent dans le fantastique : les apparitions surnaturelles de Hyao Shin, venue troubler la bonne conscience de tout ce petit monde, sont réalisées maladroitement et sans imagination, versant involontairement dans la caricature. Trop de défauts de mise en scène empêchent donc Memento mori d’exploiter l’émotion vraie qu’il génère à quelques moments, et qui cède trop souvent le pas à l’artifice.