Comptable coinços, Jonathan (Ewan Mcgregor) rencontre par hasard Wyatt (Hugh Jackman), un avocat aussi hâbleur que charmeur. Aiguillé par ce pote providentiel vers un fesse-book téléphonique et ultra-sélect, le matheux binoclard se laisse déniaiser par des bombes sexuelles sans flairer le piège une seule seconde. Une heure plus tard, le voilà obligé de détourner 20 millions de dollars pour le compte de Wyatt. Manipulation combine si bien les écueils du premier film qu’il en devient ludique. Prise entre la mitraille de références et l’ersatz de modernisme qui l’enrobe, cette histoire d’arnaque se suit d’un oeil amusé, d’avantage à l’affût de ses faux pas que de son fil directeur.

Au départ, l’envie d’y croire est pourtant là, portée par la confiance en un genre codifié (le thriller paranoïaque) et le capital sympathie des acteurs. Mais Langenegger vendange ces bonnes prédispositions à force de choix erratiques. Alors que le début convoque David Mamet en emboîtant patiemment ses engrenages, la chaîne narrative déraille soudain et amorce une storyline moralisatrice sur la solitude dans nos sociétés postmodernes (ça c’est pour le côté The Game). Le tout relayé comme il se doit par une esthétique mannienne période Collateral : numérique nocturne, immeubles illuminés, obsession des surfaces ; les filtres bleus et cadrages ampoulés en sus. Un choix d’autant plus casse-gueule que Langenegger en reste au stade des intentions. Soigneusement confiné dans sa posture de dilettante, le cinéaste accumule les effets faciles (flous, ralentis, sons assourdis) comme pour se dédouaner d’avoir à justifier le moindre d’entre eux. Et il procède ainsi tout du long, ponctuant son film de jolies vignettes sans jamais les remettre en perspective.

Incapable de choisir le film qu’il veut faire, le cinéaste n’en réussit finalement aucun. Constamment parasitée par des trucs esthétisants, l’intrigue se fait de plus en plus aqueuse, ne suscitant au bout de la troisième bobine qu’ennui poli et devinettes enfantines : le gentil comptable est-il mort ? Sa nouvelle copine l’a-t-elle trahi ? Le maître-chanteur s’en sortira-t-il ? Tout semble désamorcé, vidé du moindre enjeu, comme mis à distance. A force de ne pas assumer le statut de son propre film, Langenegger l’a sabordé et justifié involontairement son titre V.O. : Deception.

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