Après son prix d’interprétation cannois reçu en 2006 pour Indigènes (en compagnie d’Almodovar pour Volver), Rachid Bouchareb a sans doute cru qu’il était un directeur d’acteurs. Vaste blague au vu de London river, le nouveau collage du réalisateur de Little Senegal, dont l’un des plus gros défauts tient justement à l’aspect complètement désincarné de ses personnages, tristes inhabitants d’un film laissé en friche et orphelin de toute mise en scène. Après les attentats londoniens de juillet 2005, Elisabeth (Brenda Blethyn), petite anglaise geignarde et ratatinée, et Ousmane (Sotigui Kouyaté), grand échalas noir à la barbe de prophète, l’une venant de Guernesey, l’autre de France et d’Afrique, sont chacun à la recherche de leur progéniture n’ayant pas reparu depuis les incidents. Tout les oppose, la culture, la religion, l’Histoire, mais l’uniformité de leur quête et la découverte de l’amour entre leurs enfants les rapprochera, un peu comme dans L’Ombre d’un soupçon de Sidney Pollack (avec de la compassion en guise de sexe).

Fébrile constat sociétal, London river déroule sa mécanique à message (respectons nos différences – Obama élu, il faudra s’attendre à un déferlement de bouses mondialistes du même acabit) au rythme de ces deux destins et d’un montage parallèle étouffant de redondance, exposition de deux vies ne faisant que se traduire et se répéter : Ousmane cherche son fils, Elisabeth sa fille, il va dans un cimetière musulman, elle à l’Eglise, il renifle, elle éternue, le tout donnant une impression de lourd piétinement ralentissant la trame d’un film ugly-gris (Bouchareb fait du Londres anti-Klapisch) carburant aux symboles les plus plats et les plus éculés : deux rives (Bouchareb est obsédé par la rive depuis son court-métrage Peut-être la mer), un fleuve, un pont. Le film aurait pu s’appeler Le Pont de la rivière Couac tant il joue et rejoue avec une insistance pataude de cette symbolique usée.

London river se perd, bêtement paumé entre un cinéma-vérité couleur parking et du drame lacrymal sur les dégâts collatéraux d’une grande catastrophe. Au final, le film ne réussit qu’à se prendre les pieds dans les fils d’une morale humaniste qu’il confond avec l’idée d’une uniformité sans frontières, célébrant moins qu’abolissant l’idée de la disparité (« finalement, nous ne sommes pas si différents »). Une jolie scène cependant est à sauver (imprévue au scénario et due à Sotigui Kouyaté – et qui lui aura sans doute valu son prix d’interprétation à Berlin) : Ousmane, au moment de quitter Elisabeth pour s’en retourner en France, clôt doucement les yeux et improvise un chant de son pays, versant un peu de mélancolie dans ce film insipide aussi difficile à traverser qu’une rivière sans pont.

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