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2
sur 5

Nombreux sont les films inspirés par des intentions plus qu’honorables, et qui finissent malheureusement bien loin de leurs ambitions de départ. Limbo, de John Sayles (City of hopes, Lonestar), s’avère un exemple probant de l’incapacité pour un réalisateur de mener à bon port son idée de départ.
Le titre, Limbo, en français « les limbes », nous éclaire sur les aspirations à l’origine du film : décrire l’état d’incertitude sentimentale dans lequel demeurent trois personnes qui vont se rencontrer, puis apprendre à s’aimer par la grâce d’un retour à la nature. Joe tente plus ou moins de survivre, ployant sous le drame d’un accident dont il se croit coupable, et qui a coûté la vie à deux personnes. Il croise sur son chemin Donna, une chanteuse de seconde zone, la quarantaine passée, et mère célibataire d’une adolescente qui souffre de l’absence de son père. Chacun vit ainsi à sa manière un drame personnel. Une belle idée de départ sur laquelle le cinéaste va malheureusement greffer une deuxième idée nettement moins pertinente. John Sayles se sert aussi du sens figuré du mot « Limbo » (région mal définie) pour établir un parallèle entre la situation sentimentale de ses héros et celle de l’Alaska, où se déroule le film. Un territoire qui devient sous le regard du cinéaste un Etat (au sens administratif) d’incertitude. Ce vaste espace, l’un des rares à demeurer encore vierge dans sa plus grande partie, cristallise parfaitement pour le cinéaste la dualité civilisation-nature.

Dès lors, nous avons droit à un film qui affiche grossièrement ses intentions. A la limite du pensum écologique, Limbo cache mal un discours basique, glorifiant la nature face aux gestes dévastateurs des hommes. Les inserts sur les discussions d’hommes d’affaires qui imaginent un immense parc d’attraction en Alaska suintent l’artifice, et s’intègrent assez maladroitement dans le corps du film. Le plus gênant se situe toutefois au niveau de la structure narrative, elle aussi un peu trop démonstrative. D’abord évoquer la présence de l’homme en Alaska, et donc filmer la petite ville de Juneau et ses habitants. Puis, par une pirouette scénaristique des plus douteuses -les trois personnages vont se retrouver isolés en pleine nature suite à une attaque armée menée contre le frère de Joe alors qu’ils étaient en randonnée maritime-, signifier le danger et la beauté d’une nature pas encore dévastée par l’homme. Joe, Donna et sa fille vont donc devoir survivre tel des Robinson Crusoé dans un environnement sauvage et inhospitalier. Histoire pour le cinéaste de démontrer lourdement et de manière simplificatrice qu’en fin de compte la nature reprend toujours ses droits. Malgré quelques beaux moments (en partie dus à la performance des acteurs) et une fin hallucinante particulièrement réussie, Limbo pêche par son didactisme écolo. Pas assez de leurres nuit aux spectateurs.