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sur 5

D’ordinaire, on aime bien Kristen Stewart et Dakota Fanning. Mais après les Twilight, où elles n’auront fait que se croiser, leur duo tourne court à nouveau. Tristesse de voir la première passer d’une étonnante composition, un peu anachronique, de dame aux camélias languide, à une accumulation de tics actor studio – mèche noire et clope au bec pour dire qu’on est so rock, so destroy. La deuxième reproduit son modèle avec application (biopic et mimétisme vain, chapitre combien ?) : il suffit de jeter un coup d’œil aux vidéos Youtube pour vérifier à quel point la version filmée de « Cherry Bomb », par exemple, ne vise qu’à décalquer, à la moue près, l’originale.

Centré sur le groupe punk féminin éphémère, où, à la fin des années 70, Joan Jett a fait ses premières armes, Les Runaways trouve peu d’occasions de se démarquer du biopic rock moyen. Sa pente arty empêche certes la cinéaste de tomber dans les travers les plus voyants : on ne trouvera pas, comme dans Ray, de flash backs répétitifs débiles sur un traumatisme d’enfant. Mais s’il prend soin de conserver une certaine tenue sur la forme, le film n’est guère plus inspiré sur le fond. Ainsi Cherry se rebelle-t-elle du fait de quelques daddy issues – c’est dire l’imagination des scénaristes. Les qualités plastiques du film, au fond, l’invitent guère plus à l’enthousiasme tant ce goût de l’esthétisme devient envahissant (Floria Sigismondi est ancienne photographe et réalisatrice de clip), et en viendrait presque à faire ressembler ces Runaways à A Single man : teintes rougeoyantes et minauderies de pub pour du café.

Aves un peu d’indulgence, reste tout de même un parti-pris intéressant. On peut être séduit a priori par la rapidité avec laquelle le groupe accède à la notoriété, puis se désagrège, reléguant au second plan les jalons attendus de l’entreprise (premier contrat, premiers succès… jusqu’à la chute). Comme si seuls comptaient finalement ces quelques journées autour d’une piscine et d’un pistolet à eau rempli de vodka. La cinéaste s’est manifestement plus impliquée dans ce portrait de jeunes filles en fleur, et ménage quelques scènes de groupe qui visent de toute évidence l’authenticité d’un film indie. Il faut lui reconnaître ici le mérite d’une certaine crudité, inhabituelle dans une œuvre de ce standing. Mais la tentative reste trop insistante, trop consciente de ses effets pour convaincre vraiment: le joli film de filles annoncé aurait supposé moins de sérieux et de pose. Plus de naturel, d’humour, de Bliss.