PARTAGER
3
sur 5

Un quadra no-life trouve enfin le grand amour auprès d’une femme qui, problème, est au bord de l’inceste avec Cyrus, son grand fiston surcouvé et plutôt possessif. À l’heure où le territoire de la comédie américaine est colonisé par Judd Apatow, il y a fort à parier que cette petite comédie indépendante peinera à trouver sa place. Ce serait bien dommage, car sous sa façade de vulgaire contrefaçon, Cyrus détourne avec efficacité les principes du modèle dominant. Si pitch et casting partent de la même source (John C. « Frangins malgré eux » Reilly versus Jonah « Supergrave » Hill), l’affrontement coloré dérive très vite pour gagner un autre mode, à la fois plus feutré et plus perfide. Cyrus réhabilite le tacle dans les petits périmètres, les coups de canif en loucedé, l’art de hurler sa rage en chuchotant : pour les deux rivaux, il s’agit de s’étriper dans la discrétion la plus totale, sous peine de perdre les faveurs d’une mère-fiancée omniprésente, incapable de trancher pour l’un ou l’autre.

Toutefois, le duel est faussé d’emblée. C’est Cyrus, fiston chéri à sa maman, geek pervers doublé d’une tête à claque mielleuse, qui ouvre les hostilités neuf fois sur dix. Il s’incruste, sous les yeux du beau-père, dans la salle de bain de sa mère quand celle-ci se déshabille, multiplie les questions intrusives sous couvert de rapprochement cordial, jongle entre crises d’angoisses fictives et vraix-faux départs de la maison familiale. À la place du ping-pong, c’est un réjouissant traquenard qui se joue là, une comédie polanskienne oppressante et parano, avec le beau-père dans le rôle de la victime que le film suit comme son ombre. Si la sympathie de John C. Reilly n’est pas en cause, son personnage montre les limites de l’ensemble, copiant-collant paresseusement ses rôles dans les productions Apatow, que le style sundancien des frères Duplass caricature sans vergogne en cristallisant sa loose dans une crudité un peu lourde et vaine, qui menace réellement les fondements de film. En revanche, Jonah Hill s’en tire mieux que bien. Le film, qui lui donne l’occasion d’installer son corps épais au premier plan, lui doit beaucoup : l’acteur compose une créature de résidence pavillonnaire entre l’ogre et le gros bébé, avec une intensité et une profondeur jamais atteintes jusque-là.