1968 : Mel Brooks se fait un nom dans la comédie avec Les Producteurs, comédie audacieuse pour l’époque, satire du nazisme et de la valeur de l’argent facile, aventures d’un imprésario et de son comptable voulant provoquer une faillite fiscale avec la pire comédie musicale du monde, qui s’avère être un colossal succès.

2001 : Susan Strohman monte sur la scène de Broadway une adaptation du film de Brooks en comédie musicale. Le show triomphera pendant plusieurs années.

Ces informations sont d’importance : Les Producteurs version 2006 n’est pas un remake du film, mais bien de cette comédie musicale. Au point de ressembler à une captation d’une de ses représentations. Strohman se contente de reproduire un dispositif scénique, ne l’adapte jamais aux conventions du cinéma. C’est le premier malaise des Producteurs : ce sentiment d’être mal placé dans un théâtre, d’assister à un standard du Boulevard, aux effets artificiellement amplifiés, préférant la redondance à la profondeur de champ. Un mode opératoire contaminant tout, de la mise en scène à l’interprétation, criarde. Mais surtout un scénario clinquant et gueulard n’ayant gardé du film de Brooks que la surface. Le film de 68 était étonnant parce qu’il ne se contentait pas de brocarder le nazisme et le show-biz ; il osait balancer des vannes sur les juifs, les gays, les femmes. Même quand il en conserve quelques-unes, son relookage les annihile tant il est bridé par la trouille de l’Impolitiquement correct, jusqu’à devenir finalement un contresens absolu de l’oeuvre originelle, devant plus au final à l’oeuvre de Michel Leeb que celle de Brooks. En sacrifiant des pans entiers et des personnages du film de base, Strohman a livré un produit qui ne cesse de prendre des précautions, de marcher sur des oeufs. Qui plus est avec de très gros sabots. A l’exception de Will Ferell -décidément le plus grand acteur comique américain actuel- qui, en auteur de théâtre cintré, apporte une certaine prise de risque, tout ici est prévisible, calculé pour ne pas déranger, ne pas choquer, satisfaire le consensualisme généralisé dans le cinéma comique. Ce qui faisait sens dans le film de Brooks est devenu au mieux une pantomime hystérique. Seule à sauver, la représentation de Springtime for Hitler, le délirant show monté par les deux margoulins. La profusion de moyens lui étant accordée, décuplant un mauvais goût que n’aurait pas renié John Waters ou Todd Solondz. Mais la seule occasion de vraiment rire, même noir, pendant ce film est balayée par un catastrophique épilogue d’une demi-heure ajoutant un calvaire au désastre.

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