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4
sur 5

Les Marchands de sable sont la version longue du film Le Détour diffusé au mois de mars sur Arte, dans le cadre de la collection « Gauche/Droite ». Le Détour, superbe titre dont la polysémie renvoie au nom d’un café qui sera au centre du film mais qui, surtout, définit la démarche du cinéaste. Car si Pierre Salvadori parle de politique, le thème fédérateur de la série, il le fait à travers son instrument de domination : l’économie. Pour ce faire, il utilise admirablement un genre : le film noir.

Dans un quartier du 18e arrondissement de Paris, deux malfrats imposent progressivement leurs règles et prennent le pouvoir. Au cœur de leur système se trouve le trafic de drogue, une mécanique implacable et meurtrière dont Antoine (Mathieu Demy), petit dealer, sera la première des nombreuses victimes. Pierre Salvadori réalise un polar haletant, particulièrement noir, à base de chausse-trappes, de machinations, dont l’enjeu central est la conquête d’un territoire. Effectivement, pour que leur trafic de drogue puisse se faire en toute impunité, Robert (Robert Castel) et Xavier (Patrick Lizana) s’infiltrent dans le quartier en rachetant l’un des deux cafés situés autour d’un rond-point. Le film décortique admirablement les rouages de ce processus et établit constamment un parallèle entre l’économie de la drogue et l’économie au sens large. Entre trafic de stupéfiants et capitalisme triomphant, la différence est infime, comme nous le montre ce superbe travelling dans une chambre d’hôtel où des dealers préparent leur marchandise. Des mains en gros plans mélangent les produits, d’autres les pèsent, d’autres encore les emballent ; la parcellisation, la répétition des tâches évoquent indubitablement la chaîne de montage. Ce constat particulièrement dur de la prégnance de l’économique sur le politique n’exclut cependant pas toute possibilité de révolte. Si Alain (Serge Riaboukine), le propriétaire du Détour, l’autre café de la place, est durant presque tout le film un témoin passif des événements tragiques qui se déroulent dans le quartier, il finit par prendre conscience de son aliénation. En incendiant son café, il prend enfin position, s’engage, et se libère des entraves du système. Les Marchands de Sable s’affirment sans aucun doute comme l’un des meilleurs films (avec celui de Sébastien Lifshitz, Les Terres froides) issus de la série « Gauche/Droite ».