Les Chimpanzés de l’espace est de ces objets incongrus et mal torchés dont l’existence même interloque. Comment ce film d’animation indigne des pires épisodes de Jimmy Neutron, cette bouillie de pixels programmée sur Amstrad CPC a-t-elle pu se frayer un chemin jusque dans nos salles ? Mystère. A la lecture du pitch, on y croyait comme des fous, écoutez ça : un jeune chimpanzé de cirque, Ham est choisi pour participer à un programme spatial ambitieux dédié à la recherche d’une vie extraterrestre. Il rejoint une équipe de chimpanzés de l’espace pour subir un entraînement hors du commun et se préparer au vide sidéral. C’est suffisant pour fantasmer un Space macaque archétypal, un divertissement de consommation courante sans autre ambition que celle affichée par son titre programmatique : des-chimpanzés-dans-l’espace. Mais c’était trop demander.

Passons encore la phase d’entraînement, ses vannes affligeantes et son ton prépubère. L’affaire ne se corse pour de bon qu’une fois sur la planète extraterrestre. Indicible calvaire rétinien, ces 45 minutes mettent au supplice à coup d’ellipses insensées, de bariolage criard et d’ignominie graphique en tous genres. Les Chimpanzés de l’espace accomplit même une prouesse inédite dans l’histoire de l’animation numérique : foirer, et de quelle manière, l’intégration d’une grosse bestiole baveuse à l’arrière-plan – on jurerait une rétroprojection ratée. Comme d’habitude en pareil cas, on se rabat sur l’option conceptuelle : la probabilité, infime hélas, d’un sabotage ou mieux, d’une expérimentation involontaire. Impossible, il est vrai, de nier une certaine fascination à ce spectacle accumulatif et déstructuré. Les micro-péripéties se succèdent ici à un rythme erratique, s’empilent ad nauseam, s’annulent les unes les autres. Troublant ? Troublant. Mais pas de quoi non plus sauver nos chimpanzés de la taxidermie.

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