Aventures, c’est vite dit. Oeuf de dinosaure surgelé dans un iceberg, Impy éclot sous le soleil d’un atoll, son bloc de glace ayant dérivé à l’autre bout du monde, dégommé par un Titanic à gros pixels. Adopté par une communauté d’animaux qui parlent, dirigée par un savant british déjanté, il gazouille, joue au foot et réclame des câlins, comme une mascotte de Mundial. Arrive LA décharge d’adrénaline : un roi déchu excité de la gâchette, décidé à dégommer le dino.

Telles sont les aventures d’Impy, succession de principes narratifs tous plus essorés les uns que les autres, initiation au cinéma pour les touts petits autant qu’initiation au cinéma tout court. Pas une once de passion ici, rien que du remplissage, tout concourant à faire du film une vitrine commerciale de l’animation teutonne. Même vu comme ça, c’est raté. S’ils puisent dans les bas-fonds saumâtres de la créativité, les studios américains les plus cyniques (Dreamworks), parviennent au moins à garantir une rythmique, incluant du même coup les contours d’une identité (pillage, air du temps, star-system au doublage). Pour Impy, la seule démonstration relève d’un honnête savoir-faire technique. Coucher de soleil sanguin, bulles d’oxygène sur mer turquoise, la façade est relativement chatoyante, bien que l’animation en elle-même tâtonne sacrément – sommet, une partie de surf entre deux palmiers, aussi nerveuse qu’un interrogatoire d’Horst Tappert dans Derrick.

Il faut dire que le scénario ne joue pas le jeu, rendant les armes dès qu’un semblant de nœud dramatique se profile à l’horizon. La béatitude foetale d’Impy contamine tout ce qui l’entoure, allant jusqu’à ramollir les velléités chasseresses du méchant, qui boucle le métrage en gentil bonhomme en mousse. Le film n’a plus qu’à se muer en un feuilletage paresseux d’album Panini, jouant à regarder ses vignettes entre une séance de beach soccer et un barbotage dans l’eau. Les personnages les mieux lotis se démarquent par un gimmick, les autres font tapisseries (le petit tahitien : une ligne de texte). Impy aurait très bien pu ne jamais sortir de sa coquille, sa gestation se révélant aussi excitante que ses premiers pas.

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