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3
sur 5

Le titre français sent un peu les flonflons et l’accordéon (instrument qui hante tout le film, d’ailleurs), mais sa version originale est plus parlante : Cheatin’. Bill Plympton (lire notre interview) insiste bien sur l’orthographe du terme, qui renvoie, nous dit-il, au vocabulaire des cowboys cocus chantant leur désespoir. Effectivement, Les Amants électriques raconte la plus vieille histoire du monde, celle que chantonnent les hillbillies de tous les bars country d’Amérique : Jake et Ella se croisent dans une fête foraine, coup de foudre, puis jalousie, torrents de haine et peur panique de la solitude. La métaphore musicale ne s’arrête pas là : le récit de ces amours disloquées évoque une ballade sudiste, aux accents paradoxalement européens (un peu bal-musette, donc), qui emmène nos tourtereaux dans une tempête de déboires plus ou moins burlesques.

Si son style ne se réforme pas vraiment (ils sont toujours là, ses escogriffes noueux et ses plantureuses amantes aux faciès élastiques), Plympton continue de fasciner par son art de faire proliférer l’idée la plus bateau, transformant une amourette nunuche en odyssée surréaliste. D’autant que contrairement au délire transformiste de L’Impitoyable Lune de miel !Les Amants électriques n’est pas bâti sur des visions hallucinées, mais sur une série de confortables clichés : ceux du roman noir (de Jim Thompson ou de James M. Cain), de la romance franchouille (l’accordéon, toujours), sans parler des images d’Épinal du couple finalement ressoudé autour d’un breakfast en cuisine (œufs au bacon, café fumant et baiser passionné avant de filer au turbin). Or le génie de Plympton est justement de sublimer chacun de ces tableaux clicheteux, en leur rendant leur humanité à grands renforts de distorsions faciales et de moues outrancières. Avec une candeur toute amerloque, Plympton rend immédiatement lisibles les passions intérieures et retorses de ses péquenauds glamour, comme s’il cherchait à raconter leurs prises de bec sous forme d’une thérapie de couple à la portée d’un enfant de cinq ans. Les Amants électriques, bien que rarement fantastique et abracadabrant, finit alors par ressembler à un beau cauchemar débridé sur les rapports hommes-femmes, dont la morale est aussi limpide et universelle que celle du Facteur sonne toujours deux fois : le plus bel amour n’est fait que de jalousie, de paranoïa et de désirs meurtriers.