Titre un peu ingrat pour cette comédie d’espionnage. On ne sait pas bien où le réalisateur, Ilan Duran Cohen (La Confusion des genre) est allé pêcher son idée : un McGuffin (des infos sur une clé USB détenue par une veuve joyeuse et nunuche à propos de trafic d’uranium, en gros) sur lequel s’adosse l’envie de filmer un situation – des espions à la recherche de la clé se retrouvent dans un cours de chant lyrique. Le film joue sur trois tempi, trois lieux, trois humeurs. 1. l’argument d’espionnage lui-même, dont on se fout bien sûr. 2. les cours de chant. C’est sans doute l’alibi préféré du cinéaste, qui lui offre, en plus de son titre, un relatif cachet d’originalité (et d’époque : chanter, c’est à la mode). 3. la chambre à coucher : en fait, c’est là que ça se passe pour l’essentiel, surtout via les deux protagonistes principaux (Marina Foïs, Lorànt Deutsch), qui baisent dans une nonchalance désabusée, lui par distraction, elle par évanescence insatisfaite. Autour d’eux gravitent un espion bear, un gigolo un peu demeurée, une veuve pas finaude – autres. Ils se croisent au cours de chant, et le film, bien qu’il en dresse l’éloge, nous épargne en n’en faisant pas le lieu d’une réelle conversion.

Si le pitch est improbable, l’intention en revanche est plus aisément déchiffrable. Une chance aux chansons pour barbouzes qui s’abreuve à l’idée d’un cinéma de personnages (et donc d’acteurs qui, comme on dit dans les pages cinéma du Parisien, sont censés « s’amuser ») comme la soif nous pousse vers une fontaine délaissée. Ce n’est certes pas là un programme d’une remarquable intensité moderne, c’est plutôt une envie brusque de cinéma de papa, qu’effraie seulement la trivialité des dialogues et l’expressivité des quelques paires de fesses qui s’ébattent sur l’écran. En un mot, le tout vire volontiers du côté du film du dimanche soir (deuxième partie de soirée), mais il n’est pas interdit d’attraper dans ce film sans conséquence ni importance quelques instants de plaisir éphémère entre lesquels insiste l’ennui commun à tous les films moyens, ni intéressants, ni complètement nuls. Le jeu de coulissement entre plusieurs registres ne prend jamais tout à fait, si bien que le film est bancal et que n’est pas vraiment tenue sa promesse, faire de l’espionnage d’opérette.

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