D’où on apprend qu’Hervé Chabalier n’a pas fait que défigurer le journalisme puisqu’il s’en est aussi, lui même, foutu plein la gueule des années durant en s’envoyant, bouteilles après bouteilles, leur contenu. Ce long-métrage est l’adaptation de son livre témoignage de 2004. Ca commence par un plan flou parce que tout l’est dans la vie d’Hervé, l’alcoolique principal du film. Pourtant, il a un bel appartement, une belle femme, un beau fiston et il a beau y faire, il n’arrive pas à décrocher, ni du petit blanc, ni du gros rouge : il se défonce. Et puisqu’il a une force de caractère hors norme, Hervé va décider d’aller lui-même s’enfermer dans un centre pour suivre une cure au milieu d’autres malades.

Le sevrage a commencé, et on aimerait vivre l’enfer avec le personnage, l’étouffement, servis par des plans cloisonnés, une proposition d’oppression visuelle ou sonore. Cela ressemble plus à la sensation qu’on a en buvant de la bière sans alcool jusqu’au bout de la nuit. Le film repose sur un problème majeur qui entache le tout : sa direction artistique niveau France 2, appât à débats. Il faut dire qu’il s’agit du premier film du producteur Philippe Godeau. Et à voir sa façon de laisser éclairer les plans de son film, on se dit qu’il approuve cette filiation télévision ou qu’il a repéré son chef opérateur sur un MySpace d’apprentis techniciens. Même s’il a bien compris qu’un film avait un début et une fin, il a plus de mal à nous transmettre des sensations. Peut-être aurait-il dû s’essayer au court-métrage avant de nous délivrer ce long. C’est du cinéma bavard, de la radio presque, ou plutôt un spot de prévention contre l’alcoolisme. S’il s’était contenté de filmer le livre, pages après pages, on lui en aurait moins voulu de nous présenter un vrai concept : plus ennuyeux certes, mais dont on se souviendrait. Il y a vingt ans, une publicité disait : « La drogue c’est de la merde », là on s’attend à lire sur chaque image : « La boisson c’est pour les faibles ».

Tout comme il rentre facilement en cure, Hervé en sort tranquille après ses cinq semaines, réparé de son addiction comme s’il avait enfilé un pull en cachemire. Il est tenté de boire, vous serez tentés de sortir. Mais il se retient, vous peut-être moins, en se rappelant ses instants passés au fond du trou, le tout surligné par une musique de Jean-Louis Aubert qui aurait enfilé les doigts cassés de Ry Cooder. On ne croit pas un seul instant au personnage d’Hervé incarné par un Cluzet (qui écluse ?) lui aussi rescapé professionnel comme le fut Chabalier. Son personnage traverse le film, auprès d’une galerie de portraits sortis d’une mauvaise pièce de théâtre, de façon très fantomatique, il n’évolue pas. On devine les scènes-clés qui le font basculer, lui donnent le courage de sortir de la spirale infernale. On les devine seulement parce qu’au niveau du ressenti, cela ne marche pas et on se dit que la mise en scène a dû partir s’envoyer le pinard que le héros n’ose plus boire. Alors on regarde Cluzet pleurer en gros plan, à se demander s’il décrochera un nouveau César. Cela permettrait de faire un peu de com’ pour le film et de sortir une petite brochure de prévention, histoire d’occuper le ministère de la santé après la Grippe A. A la fin, Hervé navigue sur un lac étendu pour rejoindre la terre ferme, il voit clair à présent, il a l’avenir devant lui et nous aussi, avec une bonne envie d’aller trinquer en pensant que tout ceci n’est qu’une vaste plaisanterie.

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