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5
sur 5

Double actualité Laurel & Hardy avec d’un côté une splendide copie de The Flying deuces (1939) et, de l’autre, une belle surprise : les courts métrages de Stan Laurel en solo étalés sur 3 DVDs(qui ne forment pas une intégrale : manquent à l’appel certains films, dont le génial Mud and sands), travail aussi précieux que celui accompli avec son gros compère, étant acquis que Laurel était la tête pensante du duo. The Flying deuces, réalisé par Edward Sutherland (un ancien de la Keystone qui fut assistant de Chaplin sur A Woman in Paris), écrit à huit mains dont celles de Harry Langdon, n’est pas une production Hal Roach, comme la plupart des autres films de Laurel & Hardy. C’est un « 4 bobines », et une occasion de plus de se demander ce que ces deux vieux garçons fichent ensemble, pourquoi ils ne se séparent jamais, même dans l’intimité. Il serait facile de vouloir y détecter une platonique relation homosexuelle -voir les nombreux gags sur les soupçons d’attouchements et le goût de Laurel pour le travestissement (vérifié surtout dans les films de Laurel seul)-, mais ce serait faire fausse route. Ce qui est beau, chez Laurel & Hardy, c’est bien plutôt la solidarité de la fonction comique et de la narration. Laurel & Hardy forment un duo comique -sur le principe simple d’une dialectique de la violence, où l’un (Hardy) reçoit, éprouve dans son corps les maladresses et débordements de l’autre, et lui renvoie cette violence sous une autre forme-, donc Stan & Ollie vivent ensemble, ne font rien l’un sans l’autre, mourront ensemble. Et il est bien question de cela dans The Flying deuces : quand Hardy veut se donner la mort suite à un chagrin d’amour, Laurel doit l’accompagner et se jeter avec lui dans la Seine -« parce que tu ne pourrais pas vivre sans moi » lui explique calmement son compère. Et si Laurel pleure (comme il en a l’habitude), ce n’est peut-être que pour une raison simple : la peur de voir le duo dissout, donc de ne plus exister en tant que comique, personnage, vedette, etc. Cette mise en abyme du couple, au début de The Flying deuces, est évidemment une mise à nue du programme comique de Laurel & Hardy.

Du côté de chez Stan, seul, les données du problème sont différentes. Non plus un système action-réaction, mais un corps unique chargé de pulsions et de polarités équivoques. D’abord, il faut signaler que les films de Laurel sont pour la plupart des parodies de films de genre (comme Mud and sands, le fameux film manquant, parodiait les mélos andalous avec Rudolf Valentino ; Laurel y incarnait Rhubarb Vaselino, matador), et que cette pénétration du genre dans le processus comique distingue d’emblée son travail en solo de celui qu’il effectue avec Hardy (où les films, collés ensemble, formeraient une chaîne sitcomesque ou, mieux, un home movie géant). Ensuite il faut dire que si tous les films sont d’une qualité inégale, Stan y fait preuve d’une inventivité délurée, moins dans sa grammaire de cinéma, que dans sa vision du film comme véritable défouloir. Un exemple : The Sleuth (en français, Plus fort que Sherlock Holmes) et sa délirante frénésie de trucage, l’effusion de gags surréalistes fabriqués par un montage distordu. La vie de Stan Laurel, seul : l’espace rêvé, peut-être, par le Stan de Laurel & Hardy, comme la récréation mentale d’un homme prisonnier d’un couple qui se prendrait à rêver d’aventures (détective, explorateur, matador, etc.) dès que son compère ne le regarde pas. Pas de réels bonus dans le coffret Laurel, mais quelques succulents courts métrages du duo à se mettre sous la dent sur le DVD de The Flying deuces. En attendant une belle édition des films de Laurel & Hardy, ensemble…