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sur 5

Première adaptation au cinéma d’un roman du cultissime Maurice G.Dantec, La Sirène rouge avait déjà de quoi faire peur sur le papier : le tâcheron Megaton à la réalisation (auteur avec Exit d’un des plus mauvais films français jamais tournés) et Jean-Marc « Grand Bleu » Barr dans le rôle principal du mercenaire Hugo Cornélius Toorop. Après vision, le film tient effectivement toutes ses promesses et s’avère être, sans grande surprise, une boursouflure rutilante ponctuée par d’interminables et vains gunfights. Expurgé de toute sa substance littéraire, voire philosophique, La Sirène rouge devient devant la caméra d’Olivier Megaton, un action movie lambda néanmoins lesté par ce qu’a cru saisir le réalisateur du roman. Du coup, ne reste de l’oeuvre de Dantec que les clichés -les personnages un peu trop sommairement esquissés et la mégalomanie d’une intrigue qui fleure bon la peur du complot-, sans le style brillant de leur auteur et son savoir-faire pour maintenir le spectateur en haleine. Ce n’est pas le moindre des paradoxes du film que de donner des arguments clé en main aux détracteurs de l’oeuvre de l’écrivain…

Question réalisation, Mégaton assure le service minimum et se repose sur un style clinquant qui en mettra peut-être plein la vue aux spectateurs peu exigeants. D’où une succession de courses-poursuites et de fusillades grandeur nature au cours desquelles le cinéaste fait preuve d’une fascination lourdaude pour les bazookas et autres gros calibres. Encore moins à l’aise dans les scènes « posées », Mégaton se révèle incapable de diriger correctement des acteurs réduits à faire maladroitement semblant -exception faite d’un Jean-Marc Barr étonnamment classe avec ses lunettes de soleil Ray-Ban dernier cri. Trop frileux ou soucieux de se ménager un éventuel pré-achat télé, le réalisateur évacue grossièrement les passages figurant les « snuff movies » par une bande son poussée à son volume maximum et un cryptage faux cul de l’image. Du coup, on voit vraiment mal ce qui fonde au final l’existence de cette version cinéma, mystification prétentieuse qui ne tient jamais la comparaison avec le modèle original.