Niché quelque part entre la métaphysique perlimpinpin de The Fountain et la belgitude ricanante d’un Poelvoorde-film, le premier long-métrage de Michel Houellebecq (qui avait réalisé quelques courts-métrages avant de devenir une vedette de l’édition) est une catastrophe, rayon fruits et légumes. De son livre, Houellebecq n’a tiré, dit-on, que de petits morceaux. On s’en doute, car sur les 1h25 du film, la dernière demi-heure consiste à voir Benoît Magimel dériver en silence dans une carrière, flanqué d’un toutou, accompagné de trois bouts de voix-off où s’entendent quelques âneries sur la fin du monde ; tandis que plus loin, une fille fait pareil, mais sans un mot. Avant, un double trajet donnait à voir d’un côté la vie et la pensée d’un Raël discount, de l’autre l’oeil éteint d’un beauf belge en short sirotant un cocktail d’accueil sur la terrasse d’un hôtel de Benidorm. Houellebecq s’en est emmêlé les pinceaux dans son propre pot de peinture : l’originalité supposée de son propos, qui consiste à passer par une déviance (la secte d’hurluberlus illuminés) pour mieux revenir vers le monde tel qu’il est s’écrabouille dans une farandole new âge bête.

Ce qui frappe n’est pas tant, au fond, le côté pingouin de l’ensemble (bien gratinée tout de même, le film se résumant à une suite de baragouinages leloucho-hargneux sur le monde comment il va mal, yep) que la foncière impuissance de la mise en scène : monté avec les pieds, sans une once de rythme, pathétiquement grandiloquent, d’une grande misère visuelle et filmé avec l’entrain d’un poisson mort, La Possibilité d’une île prouve au moins, c’est bien son seul intérêt, que la réalisation d’un film requiert un certain savoir-faire que ne garantit pas le classement des meilleures ventes de Livres Hebdo. Houellebecq s’est désormais lové dans une bulle où siègent Dante 01 de Marc Caro, L’Extra-terrestre des Inconnus et l’oeuvre complète de René Manzor. La possibilité d’un film, pour lui, demeure à l’état d’hypothèse, et son pouilleux caméo dans un hangar belge, fumant sa clope en regardant le plafond au milieu d’une assemblée de claudos assoupis, dit tout : dans son propre film, il s’emmerde à mourir, comme nous.

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