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2
sur 5

Classique de la SF quelque peu tombé en désuétude (que l’on parle du roman de Pierre Boulle ou du film réalisé par Franklin J.Schaffner en 1968), La Planète des singes, fameuse allégorie politique, méritait amplement d’être reprise en main par le bidouilleur surdoué qui avait déjà su réinventer Batman et réhabiliter Ed Wood. Tim Burton s’est toujours attaché à revisiter les mythes fantastiques, en donnant chaque fois une version inspirée et jubilatoire, ne décevant jamais un public attentif sans jamais se répéter (c’est la grande qualité de son étonnante filmographie, presque sans faute). On se demandait tout de même, jusqu’où Burton saurait s’approprier le sujet, et s’il oserait faire de La Planète des singes une farce corrosive à la Mars Attacks. Hélas, c’était sans compter sur la présence écrasante du studio et d’un scénario étriqué, pour lesquels le cinéaste semble avoir renoncé à sa vision propre, à cette conviction intime qui fait le prix de tous ses films, et dont La Planète des singes est presque entièrement dépourvue.

Un superbe générique, sur un beat tribal et futuriste concocté par Danny Elfman, nous met pourtant l’eau à la bouche. Leo (Mark Whalberg), est un jeune pilote à bord d’un vaisseau transportant des spécimens de singes. Après une panne, l’équipage envoie le chimpanzé dressé par Leo en repérage, mais la navette du singe disparaît. Léo, malgré l’avis de ses supérieurs, tente une sortie et, après un bond intersidéral, s’écrase sur une planète inconnue. Il est aussitôt capturé par une horde de singes casqués et en armes, mis en cage comme une bête et vendu comme esclave. Leo s’aperçoit que les humains sont ici considérés comme une sous-espèce servile tandis que les singes règnent en maître, dans une république martiale à la romaine. Le chef des armées, Thade (excellent Tim Roth), un singe assoiffé de sang, cherche à éradiquer cette race inférieure, tandis que sa guenon préférée, Ari (Helena Bonham Carter), milite pour la liberté des humains et avoue un faible pour Léo.

On reste sur sa faim dans cette première partie, très peu burtonienne, espérant que cette mise en place laborieuse donne lieu au cocktail trépidant tant attendu. Burton, tout en soignant la partie technique du film – mais est-ce vraiment là qu’on l’attendait ? – déçoit sur le plan du style. La réalisation est sage, sans audace ni fantaisie, l’humour est démago, les dialogues bâclés. On baigne dans une esthétique indécise, vaguement kitch, dans laquelle le cinéaste ne semble pas trouver ses repères, ni cette distance subtilement ironique à laquelle il nous avait habitués.

Un scénario velléitaire (l’adaptation, sans être mauvaise, s’en tient au minimum syndical et accuse de nombreux coups de mou), reprend ensuite la trame initiale, qui nous conduit à explorer la fameuse planète et à dévoiler le secret de la civilisation simiesque. Tandis que Léo parvient à s’échapper, emmenant avec lui un petit groupe d’humains qui va bientôt devenir un large soulèvement, Thade réunit ses armées et se lance à leurs trousses dans les paysages arides et rocheux de la planète. Certes, ce n’est pas pour autant que le film « démarre », et la belle photo de Philippe Rousselot masque difficilement une certaine pauvreté visuelle. Malgré tout, la mise en scène de Burton se libère peu à peu, retrouve sa maîtrise et son inventivité, particulièrement dans les séquences avec Tim Roth qui domine de très haut la distribution – toutes espèces confondues. Mais le reste du casting manque vraiment de pertinence : un Mark Whalberg transparent donne la réplique à une poignée d’humains sans véritable profil ni même présence, et la malheureuse Héléna Bonham-Carter est à la limite du ridicule dans son rôle de guenon énamourée. Et l’on reste tout de même un peu perplexe devant le manque de poésie du film, l’absence totale de lyrisme, malgré les quelques beautés éparses et entrevues. Ce traitement mi-figue mi-raisin nous ramène sans cesse à une action molle et rébarbative, à des personnages sans âme, et finit par franchement impatienter. Le contenu ne va pas au-delà du recyclage et le film ne fait que mimer la parabole, sans jamais en réinventer le sens. A quelques détails près, La Planète de singes ressemble à une banale superproduction dont un Tim Burton inhibé aurait docilement pris les commandes, sans se risquer à jouer les pirates. Et, une fois n’est pas coutume, sans avoir au préalable choisi son camp.