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sur 5

Depuis son retour d’Europe, après avoir combattu dans les tranchées, Ralph Junnuh (Matt Damon), jeune prodige du golf, mène dans sa Géorgie natale une vie d’ermite, et noie ses souvenirs dans l’alcool. Son amour de jeunesse, Adèle, fille d’un notable de Savannah, décide d’organiser une compétition sur le prestigieux terrain de golf construit par son père, même si la Dépression fait rage et que les esprits ne sont pas à la bagatelle. Apprenant que Ralph vit toujours à Savannah, elle lui propose de participer à la compétition. Evidemment, le petit soldat a laissé son swing sur les champs de bataille. Heureusement, un inconnu surgi de nulle part (Will Smith) se propose de devenir son caddie et l’abreuve de conseils obscurs et de sentences mystiques qui l’aideront à se remettre dans la course.

Adapté d’un roman de Steve Pressfield, La Légende de Bagger Vance est l’histoire du retour à la vie d’un jeune prodige devenu un loser. Une fable souvent contée à Hollywood, où les occasions de se retrouver sur la touche ne manquent pas. Ralph Junnuh aurait pu en effet devenir un épigone de certaines étoiles filantes du septième art, à la carrière brisée par un coup du sort. Hélas, le film cumule les clichés du « drame sportif », un sous-genre dont il reprend avec une confondante naïveté les schémas les plus éculés (le champion écarté de la compétition, son retour à la vie grâce à la sagesse de son entraîneur et à l’amour d’une femme). Par ailleurs, Redford n’a reculé devant aucune incohérence pour se faire plaisir avec ce morceau de reconstitution nostalgique, à la gloire du Sud éternel et de la noblesse du golf. Les énormités du scénario et du casting (on vous recommande Matt Damon en has-been alcoolique qui n’a pas changé d’une mèche en dix ans) n’ont pas l’air de le gêner outre mesure pour filmer des balles de golf qui fusent dans le soleil couchant. Les acteurs sont tous exécrables, et le degré d’invention esthétique du film est comparable à celui qu’on trouve sur l’étiquette d’une bouteille de bourbon ou dans une pub Ralph Loren. Visiblement, Redford s’est surtout délecté de cet esprit club, style gentleman-farmer avec pull en V. Un film inconséquent et passablement endimanché.