Un comédien raté est embauché par son village pour coacher ses Miss en vue du concours local, gagné par le bled d’à côté depuis la nuit des temps. À voir le pitch de La Guerre des Miss, on croyait la partition digne des Poelvoorde-movies du temps jadis, les Ghislain Lambert, les Portes de la gloire, supports fabuleux parce qu’entièrement ralliés à la cause de la star, lui laissant volontiers la barre. Hélas, après le pitch, il y a le scénario et Patrice Leconte. Le scénario : bâclé comme jamais, qui tricote de l’humanisme petits pieds, de type tendresse des loseurs et ridicule des cyniques, qui sont corrigés comme il se doit à la fin.

Avec un Poelvoorde totalement libre, c’est-à-dire délesté d’un Patrice Leconte, ça pourrait passer. Mais Leconte est là, accroché à sa caméra à l’épaule, ses chichis stylistiques et sa boîte à outils pleine de trucs et astuces du parfait petit auteur chic. Voilà qui contrarie un brin le numéro de Benoît, vu sous l’œil le plus consterné qu’un cinéaste ait jamais porté sur lui. Pas une fois, Leconte ne valide sa drôlerie, pas même à ses dépens. Non, il compatit à la détresse du bougre quand il reconnaît ses fautes ou se déguise en poule dans un supermarché, zoomant sur son regard, laissant Poelvoorde nous fixer tristement, et la caméra trembloter. On ne la fait pas à Leconte, il la voit la lueur de panique dans le regard, le chaos mental du personnage, sa conscience de naze absolu, la goutte de sueur qui pourrait passer pour une larme. À croire qu’il s’est convaincu d’avoir défloré la star au cinéma, ou d’accoucher d’un nouveau Poelvoorde, plus touchant qu’à l’accoutumé, comme s’il ne l’avait jamais été.

Pour autant, impossible de taxer Leconte de naïf. La seconde moitié de sa filmo laisse entendre qu’il a simplement perdu tout sens de l’humour. Il faut voir ses tentatives burlesques (sursauts ou gadins de Poelvoorde déguisés en femme, archi nulles et bâclées), ses gags débraillés, cet espace déstructuré par l’obsession d’élégance, ce tempo malade qui s’ensuit. Du détraquement total, où l’on sent bien, par éclairs, le cinéaste chercher un semblant de cohérence, un motif chatoyant. L’ensemble en devient monstrueux, sorte de rubick’s cube impossible à reconstituer, entre pub trop longue (les présentations des Miss), fossile de franches comédies poelvoordiennes, et sitcom dégénéré (tous les seconds rôles, filmés comme des personnages de BD). Film gâteux ? Dépressif ? Les deux.

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