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2
sur 5

Le mythe du remake et de l’adaptation « fidèles » a encore de beaux jours devant lui, à en juger par les partis-pris défendus dans La Fille du puisatier. Comme pour revendiquer sa propre dette envers Pagnol, en même temps que celle d’un presque-siècle de cinéma français, Daniel Auteuil endosse l’habit du conteur afin de relayer le massif héritage. Son ambition d’auteur s’affirme dès les premières minutes : on est dans la perpétuation scrupuleuse de cette imagerie pastorale et rustique, viscéralement provençale mais familière de tous. Cette familiarité, il s’agit précisément de ne pas la bousculer, en lui rendant sa facture la plus reconnaissable (tons chauds, littérarité des dialogues chantonnés par des gueules maculées de terre). Sans aller jusqu’à taxer Auteuil de mimétisme, on ne peut nier une obsession pour la transmission « intègre » du souffle pagnolien, comme s’il s’agissait d’en donner pour leur argent aux irréductibles puristes entêtés à retrouver au cinéma la magie de leurs lectures, ou des images issues du film original de 1940.

Certes, l’académisme procède des meilleurs intentions, et permet la qualité de quelques interprétations – les amants fâcheux campés par Astrid Bergès-Fisbey et Nicolas Duvauchelle, mais surtout Auteuil lui-même, dans une réinvention plus mâture et burinée de l’Ugolin de chez Berri, loin de toute singerie du jeu de Raimu. Comme le puisatier au travail sous un soleil au zénith, chacun met du cœur à l’ouvrage, pour atteindre l’objectif affiché du film : laisser transpirer cette tendresse un brin nostalgique pour une certaine mythologie rurale, avec ses études de mœurs et ses portraits d’hommes fiers et droits. Tendresse palpable, également, pour une époque où le cinéma bien de chez nous savait se rendre littéraire et populaire à la fois.

Mais ce souci de l’hommage respectueux ferme bien vite la porte à l’innovation. L’authenticité « à l’américaine » tourne par endroits à la reconstitution en toc, le casting de luxe n’ayant pas toujours de quoi soulever les parfums du terroir (Darroussin ou Kad Merad usent et abusent d’un accent de sketch piqué à Fernandel, sinon à Patrick Bosso, ici présent en guest). Surtout, la tendance à la citation visuelle réduit la mise en scène à un à-côté dispensable, destiné à exploiter les possibilités contemplatives du décor, dans ce qu’il a de plus convenu et connoté – crépuscules rougeoyants et champs de blé en grand ensemble. Autant de tics illustratifs et directement évocateurs qui assimilent la vision d’Auteuil à celle d’un passeur doué, voire d’un copiste amoureux du travail bien fait, aussi honnête et méticuleux que son patriarche aux principes bien trempés dans l’honneur. Aucune tâche de relecture originale, en revanche, au milieu de toutes ces prouesses artisanales : il suffit d’avoir feuilleté le grand Pagnol pour deviner d’emblée où mène chaque sentier, et regretter de voir toutes ces belles terres rebattues à l’envi.