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2
sur 5

Réalisé par un inconnu -Sugimori Hidemori, tel est son nom- ce premier film réunit toutefois un casting ami. Ami de l’oeil : Tadanobu Asano, jeune acteur très en vogue, à la filmo déjà imparable (Tabou, Café lumière, The Taste of tea, Zatoichi, Jellyfish, le prochain Tsukamoto, on en passe), dont ne cesse de vanter le charisme. Ami de l’oreille : à ses côtés débute en actrice UA, un peu reptile, semblant farouche et nuageuse, on la connaissait jusque-là par sa musique, celle notamment qu’elle fit planer sur Shara de Naomi Kawase. De Sugimori Hidemori en revanche on ne sait rien, mais son premier film nous apprend qu’il faut l’atteler, au moins provisoirement, à la longue liste des jeunes cinéastes japonais faussement stylés, boursouflés plutôt, anémiés par l’envie de trop en faire, ou de tout faire, de s’amarrer au grand renouveau du cinéma japonais amorcé il y a déjà quelques années. En tout cas de tamponner méchamment leur signature sur la moindre parcelle de l’écran.

La Femme d’eau invite justement à évaluer quels travers abîment ces poussins du jeune cinéma d’auteur nippon (il y en a beaucoup, ils passent très vite). Le film : Ryo est la femme d’eau, n’importe quel événement de sa vie (rencontre amoureuse, arrachage d’une dent, deuil, etc.) est aussitôt salué par la pluie. Après la double mort de son père et de son fiancé (dans le même camion, dans le même accident), Ryo reprend l’entreprise familiale, des bains publics, femme d’eau oblige. Et rencontre, femme d’eau oblige, un homme de feu en la personne d’un pyromane fugitif, qu’elle engage aussitôt pour nourrir la chaudière des bains. Ce qui lasse ? Ce forcing du style, la cadence métronomique d’une idée-de-cinéma par scène, cette poésie à tout prix. Diktat d’un certain auteurisme à l’heure d’un éclatement pop des images, reconduisant dans la confusion des sentiments l’armature d’une mise en scène surplombante et volontariste. Trop de cinéma dans ce film, donc, pas tout à fait déplaisant mais hautement limité, circonscrit à l’agencement de vignettes étiquetées à l’avance par une grâce et une poésie passe-partout.