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2
sur 5

C’est sans doute involontaire mais le titre de ce quatrième Exorciste pose clairement le problème de sa conception. Au commencement, il y a le succès surprise d’une édition spéciale du film de William Friedkin le réconciliant avec William Peter Blatty, l’auteur du roman. Et puis il y a John Frankenheimer à qui on commande ce prequel. Pas le temps de vérifier ce qu’en aurait fait l’un des cinéastes hollywoodiens les plus sous-estimés : il meurt d’une crise cardiaque juste après avoir renoncé au projet. Ensuite, il y a Paul Schrader, cinéaste-scénariste, obsédé par le questionnement du bien, du mal et de la foi. Or le cinéaste est viré lorsqu’il livre sa vision de la première rencontre entre le père Merrin et Pazuzu, jugé trop métaphysique par les commanditaires. Entre temps, les kids ont consacré un retour au film gore et poisseux avec des films comme L’Armée des morts ou le remake de Massacre à la tronçonneuse. Du coup, il y a Renny Harlin, réalisateur aux méthodes de viking, chaînon manquant entre Richard Donner et Michael Bay, mais aussi entre les séries Z de la Cannon et les productions Jerry Bruckheimer.

C’est précisément dans cet entre-deux que se situe L’Exorciste : au commencement. Des idées inattendues côtoient d’éhontées boursouflures, des instants réellement flippants cohabitent avec des effets spéciaux pitoyables, quelques séquences sobres tempèrent d’autres absolument gratuites. Tout ça constituant, comme souvent chez Harlin, un grand moment de n’importe quoi -dont le sommet est atteint lors d’un flash-back bouffon impliquant des Nazis-, mais rapidement accompagné d’un jouissif plaisir coupable. Plaisir qui rend, c’est déjà pas si mal, ce quatrième volet meilleur que L’Exorciste II : l’hérétique quand il assume sans scrupules son statut de film d’exploitation. Avant de jeter l’anathème, on attendra donc d’avoir vu le montage de Paul Schrader (le cinéaste devrait venir lui-même le présenter en film surprise lors de la rétrospective qui lui sera prochainement consacrée à la Cinémathèque Française) qu’une production au summum du cynisme a finalement décidé de sortir en bonus du DVD Zone 1, dispo prochainement.