Ouyouyouille : la véritable apocalypse de la semaine n’a pas lieu chez les Mayas, mais dans le petit, tout petit monde du cinéma d’auteur français. L’Etrangère, premier long-métrage de Florence Colombani, concentre à lui seul toutes les tares d’un cinéma de jeune premier, élitiste, autiste, académique quand il rêve d’avant-garde, minuscule et horripilant. Et dans le genre, c’est un attentat, une caricature. Usant, interminable (1h17, rien que ça), L’Etrangère met en scène une jeune Américaine (Sarah Pratt, que l’on a vue chez Breillat, et qui est dirigée à la hussarde ici), partagée entre les coulisses d’un opéra et la scène d’un théâtre. A l’opéra, elle est habilleuse d’une cantatrice qui interprète Le Chevalier à la rose de Richard Chtrahausse. A ses heures libres, elle se rend dans un petit théâtre où elle apprivoise, sous la direction d’un vieux metteur en scène qui la drague à coups de « vous êtes un mystère », le rôle d’Isabelle dans Portrait de femme de Henry James. Ajoutez à cela un brun ténébreux qui rode, pour le côté mystère, et quelques visites au musée, pour le côté cultureux, et vous obtenez un impayable exercice d’auteurisme faisandé.

Opéra, théâtre, musée : Florence Colombani nous dit qu’elle aime l’art officiel et on est très content pour elle. Son film voudrait en faire partie, il courbe l’échine comme il faut. Et pour cela il a le choix entre deux tendances lourdes du cinéma intimiste précieux tel qu’on ne l’aime pas : le taiseux ou le verbeux. L’Etrangère prend l’option verbeuse, ce qui nous vaut d’impossibles discussions entre désastreux théâtreux, une avalanches de dialogues sentencieux à l’extrême, sur l’art, l’amour, la vie, les vaches, dont l’incontestable champion est le metteur en scène à la voix caverneuse, à se tordre de rire tant il semble sortir tout droit d’une parodie des Inconnus. Couplé à une mise en scène précaire à l’extrême, limite amateur, ce déluge d’une prétention ahurissante fait froid dans le dos.

Ces précieuses ridicules invitent quand même à se poser des questions. On se plaint ici et là que le « cinéma d’auteur » ne trouve pas son public. On se demande ici et là s’il y a trop de films produits, trop de films distribués. A voir L’Etrangère, on peut légitimement s’interroger sur le système de financement français, qui laisse passer ça (et qui ira le voir ?) et en laisse d’autres sur le carreau, sans doute plus méritant. Quant à nous, on veut bien soutenir le cinéma d’auteur français, mais pas à tout prix, et pas n’importe lequel.

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