L’Auberge rouge, notre Massacre à la tronçonneuse à nous, c’était une comédie noire avec Fernandel découvrant deux taverniers trucidant leurs clients dans un bouiboui paysan de la Restauration. C’est désormais une pochade de Gérard Krawczyk avec trois stars du Splendid en déficit de créativité. A savoir :
– Jugnot, Gérard (le curé) : emblème du divertissement des familles comme on n’en fait plus (le cinéma populaire méprisé des élites), père la tendresse des majorités silencieuses qui change les collabos en résistants. Peine désormais à ressortir les hurlements aigus de sa jeunesse – maturité, lassitude ou manque de souffle, on ne sait pas.
– Balasko, Josiane (la femme de l’aubergiste) : nouvellement flegmatique, ne fait que passer, mais connaît bien son texte.
– Clavier, Christian (l’aubergiste) : moteur artistique du projet (également co-scénariste), croit encore, malgré ses récents gadins, à la collusion du boulevard et de l’aventure. Le moins pire de la bande, il faut bien le dire.

Un parallèle s’impose avec Les Visiteurs, dont L’Auberge rouge s’affirme comme un remake gérontologique à peine déguisé : même volonté d’épate visuelle, même amalgame entre vitesse et hystérie. Mais voilà, si Jean-Marie Poiré faisait peut-être dix plans à la seconde, sa technique engendrait plus de vitalité que le moindre mouvement d’appareil pseudo-gothique de Gérard Krawczyk. Un jour, c’est certain, quelqu’un décryptera la grammaire binaire du yes man le plus horripilant du cinéma d’exploitation français, son renoncement à toute construction, toute identité, sa désinvolture robotique à siphonner les images des autres (Tim Burton ici, terrible). Cet homme est l’anti De Palma par excellence : la moindre image perd tout sens et tout mystère, rien n’échappe à l’illustration technicienne la plus théorique, comme si le film consistait en un gros story-board rouillé sans contre-champ possible.

L’Auberge rouge respire la vulgarité braillarde et fastoche, nanar bling bling fier de ses atours et sûr de ses effets (les décors ciselés, les répliques), programme froid comme la mort où tout s’éteint à vue d’oeil, ballet de rupins fatigués qui s’étiolent au gré des mauvaises blagues et des enjeux narratifs bâclés. Summum de l’horreur, le running gag du bûcheron qui tombe dans le vide, mauvaise blague rejouée à l’infini, filmée à l’identique, épouvantable allégorie d’un film prisonnier de ses mécanismes, que ni la honte ni la fatigue ni même la mort ne peut enrailler.

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