El asaltante (« l’assaillant ») est un quidam portègne à l’élégance datée (veste à petits carreaux, baise en ville), presque un vieux beau, dont on ne se doute pas, à l’instant où il pénètre dans le bureau de la directrice d’une école au prétexte d’inscrire sa fille, qu’il est là pour braquer la caisse de l’établissement scolaire. Faire des hold-up dans les écoles, il fallait y penser, c’est l’idée de ce premier film qui sous des airs de film de fin d’études (ce qu’il est d’ailleurs plus ou moins) double ce pitch d’une mise en scène dardenienne qui ne lâche jamais son personnage, toujours dans sa nuque. Calquant son rythme sur le pas de son protagoniste, L’Assaillant tient la route une heure durant, et comme il dure 1h07, on en conclura que la fin est ratée, s’offrant une pirouette facile qui trahit surtout une défaillance, une idée pour achever le récit qui n’est pas venue.

Le programme du film – simple comme bonjour – s’il est efficace et rondement mené, a toutefois quelque chose d’étriqué : petit système plein de son assurance réaliste, plein surtout d’un parti pris initial qui n’est certes pas encore tout à fait caduc aujourd’hui (les Dardenne, demain, pourraient tranquillou remettre le couvert avec le talent que l’on sait), a bien quelque chose de légèrement compassé : éternel retour d’un cinéma behavioriste qui vous dit à chaque image que oui, il est neutre, qu’il ne juge pas son personnage, etc. – ok. Cette grammaire-là s’entend bien aujourd’hui, elle est désormais convenue et se traduit trop souvent, comme ici, par une platitude fictionnelle : peu de relief, et la croyance en un cinéma de description, d’attention, en guise de passeport cinématographiquement correct. L’Assaillant est un film de ligne droite où, malgré quelques dérèglements de scénario inattendus (dans le trajet du personnage, quelques détraquements et circonstances aléatoires mettent à mal son projet), une fois arrivé à destination (la fin ratée, donc), n’aura pas avancé beaucoup.

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