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2
sur 5

L’Afrance, joli mot-valise qui résume bien les enjeux du film et la schizophrénie de son protagoniste, El Hadj, jeune Sénégalais poursuivant des études à Paris. Son principal objectif : participer un jour au développement de son pays natal, notamment grâce au savoir acquis en France. Seulement voilà, l’Hexagone n’est pas une terre d’accueil à la hauteur des espoirs de El Hadj, et, à la suite d’un problème de carte de séjour, celui-ci est confronté à l’enfer de la réclusion, au cœur des espaces interlopes de la justice française. Alain Gomis saisit avec âpreté l’ambivalence identitaire de son héros, coincé entre Paris, qu’il a choisie mais qui le rejette, et le Sénégal où il risque désormais d’être considéré comme un étranger, un intellectuel occidentalisé. C’est lorsque le cinéaste s’attache aux symptômes violents de cette dualité que son film trouve sa véritable force, telle cette séquence où El Hadj se tape la tête contre les carreaux de la douche en répétant à l’envi les motifs d’une crise insoluble dans une sorte d’incantation tragique et désespérée.

On regrette alors que Gomis ne fasse pas preuve de davantage de rigueur dans sa mise en scène, dont la pauvreté réduit considérablement la portée du récit. Sans guère de parti-pris formel, peut-être freiné dans son ambition par la petitesse de son budget, L’Afrance appartient à la catégorie bâtarde des films dont les intentions se révèlent plus intéressantes que le résultat. La faute aussi à une interprétation faiblarde qui achève de décrédibiliser le parcours pourtant édifiant de El Hadj. Quant à l’histoire d’amour entre ce dernier et une jeune femme blanche, elle apparaît comme une facilité scénaristique, un nœud gordien cristallisant péniblement l’ensemble des problématiques données (le choc des cultures, l’impossibilité d’attache affective, l’incompréhension mutuelle). Incapable de « fictionner » correctement, Gomis aurait peut-être mieux fait de réenvisager son film sur le mode documentaire. Le projet aurait alors gagné l’authenticité qu’il méritait et qui, ici, n’advient que par à-coups, noyée le reste du temps par la médiocrité du traitement.