Il se passe quelque chose avec Charlize Theron. Depuis Monster, cette sous Nicole Kidman en plus triviale et pulpeuse est devenu l’icône inespérée d’un girl power de grande distribution : on y trouve autant son envie de gagner son magot dans le tiroir caisse d’Hollywood que d’y bâtir une tribune féministe, où la sincérité militante le dispute à la grossièreté du porte voix. Qu’on aime ou pas (mais peut-on réellement détester ou aduler ?), ce mélange de classe et de discount, de fun et de gravité sociétale finit par former une oeuvre, du moins un triptyque cohérent qui fusionne à la perfection toutes les facettes de la star. Monster étalait son coté actrice top crédibilité et tentait d’effacer (à coups de gros badigeons) son image d’esthéticienne L’Oréal ; Aeon flux exploitait au contraire sa plastique de lutteuse de rêve. Enfin, L’Affaire Josey Aimes, plus ambitieux, plus winner, réconcilie l’un et l’autre : Theron y assume son attirance pour la vulgarité des bas fonds comme ses formes de top modèle, autant que son goût du leadership.

L’histoire reprend les grandes lignes du cinéma engagé des années 60-70, notamment le Norma rae de Martin Ritt, portrait des rapports tendus d’une femme ouvrière avec son syndicat. Theron ne fait pas dans le textile, mais dans l’acier. Victime comme ses charmantes collègues d’un machisme aussi vulgaire que bestial (des blagues cochonnes aux tentatives de viol), elle attaque la direction et l’équipe masculine de la mine pour harcèlement. Tâche peu aisée nous expose-t-on, tant les ploucs, hommes comme femmes, sont englués dans leurs traditions barbares. D’abord la famille de Josey Aimes, père très ours et mère bigote et soumise, puis la société toute entière, proche d’un nihilisme total où prolos comme patrons se disputent la palme du machiavélisme. Le big boss accepte un entretien de doléance qui se révèle aussitôt un traquenard, le peuple lui crache à la figure, la calomnie. Surnagent quelques marginaux au grand coeur malheureusement impuissants : une collègue couillue mais malade et son beau gosse de mari plus délicat que la moyenne (il répare des montres), un avocat du cru déprimé par la déliquescence locale, mais qui ne peut s’adapter ailleurs que dans son patelin.

L’intéressant ici n’est pas de voir s’empiler les poncifs ou d’assister à la montée du pompiérisme inhérent au genre, mais de constater que le film s’y abandonne sans complexe au point de faire de la surenchère son unique moteur, aux dépends même de la vindicte politique. Pas de tentative de raffinement dans L’Affaire Josey Aimes, mais une volonté inébranlable de sublimer tout ce qui vient, de customiser à la manière d’un Joel Schumacher la culture populaire, au point de voir le film basculer de son socle. Ca va de l’exposition de la mine filmée avec l’ambivalence du gigantisme magnifique, au procès d’abord morcelé comme un rapport d’expertise quant aux mauvais traitements des femmes, puis redevenant le coeur du film, grand théâtre sensible où l’on ne joue plus les droits civiques, mais le trauma d’enfance d’une star. L’histoire intime de L’Affaire Josey Aimes prend ainsi le pas sur son dossier, l’engloutie même totalement. De flashbacks argumentaires, on passe à un étalage d’émotion pure : les méchants pleurent, les victimes fondent sur les ogres emprisonnés, les employés se lèvent les uns après les autres en hommage à l’accusée comme dans Le Cercle des poètes disparus. La méthode Theron dans toute sa splendeur, sans une once de cynisme mais faisant de la grossièreté une arme, une onde de choc qui soude les masses.

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