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2
sur 5

De Jiburo, on peut dire qu’il est un produit typiquement coréen et en même temps une sorte de produit idéal pour en fixer les limites, ce qui n’est pas si fréquent en cette période d’hypervitalité d’une cinématographie jouant justement à repousser sans cesse son champ d’expression. Typiquement coréen car le film, s’il reprend une intrigue vue mille fois ailleurs d’opposition entre un bambin de dix ans et sa grand-mère vivant dans la forêt (et qu’il ne connaît pas avant de devoir habiter chez elle quelques mois), le fait sur un mode singulier : peu ou pas d’avancée ici dans la relation, mais au contraire une résistance constante à faire progresser le rapport houleux entre génération Nintendo / McDonald’s et âge de la sagesse.

Cette violence, adoucie par le rapport à la nature immuable dans lequel se fonde la relation, n’est pas sans évoquée le Printemps, été, automne, hiver…et printemps de Kim Ki-duk, dont la cinéaste reprend les figures de style académiques : picturalité des plans, tendance à fondre les mouvements et les gestes dans la pose ou le burlesque lent, trajectoires prenant la forme de purs dispositifs de mise en scène, laconisme esthétique légèrement irritant. C’est sur ce point que le film fixe certaine limite de la perpétuelle nouveauté du cinéma coréen : il y a là comme une mécanique qui, bien que très fluide, semble répondre à une forme de programme aux finalités ambiguës. Une manière de maniérisme plat où les séquences s’enchaînent selon un flux un peu stérile, entre assurance et sentiment de vacuité.

Vendu comme un étalon de festivals, vu partout et vainqueurs de plusieurs prix, Jiburo souffre d’une espèce d’universalisme un peu niais réhaussé de particularismes locaux (la tradition incarnée par la grand-mère au mode de vie ascétique, la dureté du gamin) qui semblent moins présents comme témoins de réalisme que comme arguments de world cinéma un peu étriqué. Un film dissimulant sous ses silences et son apparente résistance aux clichés habituels un programme de séduction non moins conformiste : une gentille machine festivalière pour public bon enfant et un gentil film inconséquent.