Minuscule et consciencieux, maladroit et attachant, le film de Mabrouk El Mechri séduit finalement par là où il inquiétait le plus, depuis ce double argument auquel, par principe, on devrait s’obliger à faire la sourde oreille : JCVD est un film sincère et « humain ». Son équilibre, précaire mais bien tenu, tient probablement au statut particulier de l’icône Van Damme : trop cheap pour le vertige théorique (version haute : Last action hero / ou basse : Jean-Philippe), trop touchant pour la farce ingrate et fastoche alimentée des seuls délires sémantiques du « muscle from Brussels ». En fait, El Mechri épate d’abord par son juste dosage de cette matière-là : à peine un « aware », glissé dans la bouche d’un procureur américain (JC est au tribunal pour obtenir la garde de ses mômes), et un face à face plutôt judicieux entre un Van Damme dévitalisé et son avatar coké en roue libre archivé sur un écran de télé.

Surtout, le cadre du film, besogneux et mal assuré, un peu ingrat malgré quelques beaux moments, offre une hauteur de vue idéale pour le projet : le récit se déplie comme une déclinaison un peu molle de Un Après-midi de chien (JC, de retour en Belgique, se retrouve entraîné dans un braquage, pris un otage par une équipée de bras cassés), et Van Damme, has been et fatigué, s’installe dans le décor sans le faire tournoyer dans ce mouvement centripète qu’on redoutait au premier abord, laissant la fiction lui faire sa place sans anesthésier les efforts d’El Mechri. Lequel, en retour, lui offre ce monologue improvisé en lévitation, gauche et émouvant, où s’entremêlent la cocasserie attendue et souvent assez poétique de l’idiome van dammien, et le bilan touchant du has-been, les yeux mouillés, face caméra. Au fond, le film vaut surtout pour cette rencontre, celle de Van Damme et El Mechri, de l’idole bis et de la génération vidéoclub (belle idée : c’est dans un vidéoclub, justement, que se tient la planque des flics belges à côté du braquage). Double retour au pays pour Van Damme : celui, plat, qui l’a vu naître Van Varenberg, et un autre purement cinéphile et populaire, celui d’une génération qui a découvert le cinéma en deux fois (sur les genoux de papa devant Lautner ; dix ans plus tard avec Pulp fiction) et rend ici un bel hommage, modeste et émouvant, au tonton détraqué de ses années VHS.

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