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3
sur 5

A première vue, un film sans surprise : Sandy (Toni Collette), une jeune géologiste débordée et passionnée par son travail, se retrouve dans l’obligation de gérer le séjour d’un futur client japonais nommé Hiromitsu. Rencontres des opposés : à l’impolitesse et à l’arrogance peu féminine de l’une se confronte la froideur distante et sexiste de l’autre. Une traversée du désert de Pilbara, dans l’Ouest australien, va leur permettre de reconsidérer leurs a priori. Sans surprise donc, et pourtant Japanese story n’a rien d’un road movie comme les autres. Les films australiens demeurent assez rares à nous parvenir, et c’est peut-être de là que vient avant tout l’évidente singularité du second long métrage de Sue Brooks.

Toute la première partie du film accroche par sa façon d’installer progressivement une tension : tension entre les deux acteurs principaux, mais aussi de l’avancée du récit, qui avance en ligne droite sans pour autant que l’on ne sache exactement où il va aller. Cela tient essentiellement au jeu de Gotaro Tsunashima, interprète d’Hiromitsu, mur opaque sur lequel butte la force simple et terrienne de Toni Collette. Le voyage touristique vire à une sorte de trip existentiel, sort de la route pour se perdre en des contrées sauvages et inexplorées. La seconde partie contredit la première au profit d’une certaine tendresse : amorce de complicité, début de passion, longues stases amoureuses. Film en miroir, Japanese story trouble alors par sa façon de mener le spectateur par le bout du nez , sans déplaisir, avec une belle confiance en ses moyens, entre épure des cadres et photo lumineuse et solaire.

Puis surgit le grand choc : Hirotmitsu meurt brutalement. La dernière partie prend des atours de lent cérémonial morbide, attentiste et documentaire. L’étrangeté prend une forme nouvelle, très lourde, où la dépression de l’héroïne est saisie dans toute sa durée. Le tout, pourtant, garde de bout en bout son calme, une sorte de pesanteur aérienne où le volatile se mêle aux pires décharges émotionnelles. On reste assez stupéfait par cette droiture faussement rêche qui guide le récit de Sue Brooks, dissimulant en souterrain une fluidité et une sensibilité très britanniques. Entre épure et chichis, pudeur élégante et niaiserie tarabiscotée, il y a là comme une multitude de films qui se déroulent en simultané, sans que jamais l’ensemble ne perde son statut de bloc imperturbable. Un tel paradoxe fait la beauté absconse et déconcertante de ce drôle de road movie caniculaire.