Certains cinéastes exercent décidemment une mauvaise influence. L’auteur de Mulholland drive par exemple, si l’on considère les innombrables gribouillages « lynchiens » qu’il inspire. Kaurismaki en est un autre. On est frappé de voir à quel point son burlesque froid a fait son chemin, inspirant toute une génération de cinéastes world, trop heureux de pasticher une signature qu’on trouvait déjà un brin surestimée : humour pince-sans-rire, statisme de la mise en scène et interprétation recto tono. Avec en prime une invasion de petits Léaud impassibles, période nippone (après le finlandais Markku Peltola, le chilien Gregory Cohen s’en tire plutôt bien). On est vraiment peiné de voir cette veine comique, qu’on pressent talentueuse, par endroits presque seinfeldienne, se figer ainsi dans une posture auteurisante tout à fait inutile.

Comme si l’excellence de la sitcom ne valait pas infiniment mieux que cette internationale un peu déprimante de cinéastes de festival. C’est surtout de paresse qu’il s’agit dans Illusiones opticas : là où une comédie véritable supposerait un rythme, une fluidité, des acteurs capables d’outrance et de mimiques, Jimenez choisit la solution de facilité et fige ses trouvailles dans une série de saynètes compassées. « A force, mes gags seront tellement dépouillés que je serai forcé non pas de les filmer, mais de les photographier », confie le cinéaste chilien en interview. Il est rare qu’un créateur se montre aussi lucide sur les limites de son travail.

A part ça ? Enième déclinaison chorale de l’ultramoderne solitude sur fond de libéralisme, le film se tient à peu près, sans se distinguer. Ce n’est certes pas le bidon Code inconnu d’Haneke, état du monde chagrin et moralisateur au propos d’une effroyable banalité, ce n’est pas non plus Be with me (dont il reprend le motif du vigile amoureux). Illusiones opticas prend sa place parmi cent autres, parfois vraiment commun (l’aveugle qui retrouve la vue a forcément du mal à s’ajuster, regrette forcément son ancien statut et finit forcément par reperdre la vue), parfois plus inspiré. Quelque chose pourtant nous retient d’enterrer définitivement Jimenez (premier long métrage) : un appétit pour la sociologie, et surtout ce sens comique réel qui affleure, encore paralysé à ce jour. Mais qui sait, peut-être ce cinéma trouvera-t-il un jour, lui aussi, l’exercice de ses facultés.

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