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3
sur 5

Dans une ambiance de liesse générale où tout semble ne plus avoir vraiment d’importance, Mika Kaurismäki (frère d’Aki) pose son regard d’Européen en exil sur la plus glamour des villes américaines, Los Angeles. Soleil, blondes canons et bronzées, belles voitures, et surtout ombre étincelante d’Hollywood, contribuent à faire de cette ville l’objet de tous les rêves de ceux qui n’y vivent pas, en l’occurrence Richard, le héros du film. Subjugué par une jolie Californienne prénommée Barbara, il quitte du jour au lendemain l’austérité de sa vieille Angleterre natale pour retrouver la jeune femme à Los Angeles.

Adapté du best-seller Los Angeles without a map de Richard Rayner, le film arbore des éléments curieusement hétérogènes, sans doute dus aux multiples scénaristes conviés à plancher sur l’adaptation. Proche de l’univers d’une sitcom pour ados, l’histoire d’amour entre Richard et Barbara est à prendre au second degré, tant elle baigne dans la guimauve. Kaurismäki nous assène le cliché « âge tendre » du garçon qui veut conquérir à tout prix la fille de ses rêves. Heureusement le propos du film ne se résume pas à cette histoire sans grand intérêt et s’élargit à l’ambiance qui entoure les jeunes héros. L’occasion pour le cinéaste de nous brosser une hilarante caricature des mœurs californiennes : on retiendra principalement l’obsession des autochtones pour le cinéma. De la serveuse qui sourit à tous les clients au cas où ils seraient réalisateurs, au groom d’hôtel qui semble connaître tous les détails de la vie intime de « Tom et Nicole », tous s’inventent un rapport (souvent fictif) avec le cinéma.

Mika Kaurismäki s’amuse de ce climat d’effervescence ambiant, et en rajoute même en truffant son film d’apparitions surprises : Joe Dallessandro en photographe dragueur, Jean-Pierre Kalfon en directeur de restaurant huppé, Anouk Aimée dans son propre rôle, et surtout Johnny Depp en ange gardien de Richard, sont entre autres les guest stars de I love L.A., happening cinématographique bon enfant. Car au bout du compte, demeure l’impression que le cinéaste finlandais filme avant tout l’excitation et l’émerveillement de celui qui débarque pour la première fois dans l’univers pailleté de Los Angeles (le Los Angeles des ghettos est quant à lui à peine suggéré, et ne vient en aucun cas gâcher l’atmosphère de fête inhérente au film). En somme, entre sitcom et comédie satirique, l’attitude du cinéaste paraît ambiguë comme s’il pariait simultanément sur un possible succès commercial du film et sur l’aspect « chic frenchy » qu’affectionne le cinéma indépendant américain.
Si I love L.A. affiche clairement ses ambitions peu ambitieuses, l’humour de Kaurismäki reste toujours aussi efficace et permettra tout de même de passer un agréable moment lors de soirées estivales insouciantes…