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2
sur 5

Les adaptations cinématographiques du Hamlet de Shakespeare se suivent mais ne se ressemblent pas. Après (entre autres) celles de Laurence Olivier en 1964, de Tony Richardson en 1969, et récemment, de Franco Zeffirelli avec dans le rôle-titre Mel Gibson, voici la version de Michael Almereyda, cinéaste new-yorkais indépendant, auteur de Nadja, belle variation sur le vampirisme. Malgré son judicieux casting, cette lecture d’un des mythes les plus célèbres de la littérature par un jeune réalisateur contemporain nous laisse quelque peu sur notre faim.

On ne reprochera pas au Hamlet de Michael Almereyda son manque d’audace : le texte original y est conservé dans son intégralité et transposé à l’époque actuelle sans aucune modernisation lexicale douteuse. Les comédiens s’efforcent d’énoncer le plus naturellement possible les vers de Shakespeare, la plupart du temps avec un certain détachement, comme si l’actualisation de la pièce passait d’abord par une diction dénuée d’emphase. Un jeu d’acteur qui colle bien au projet du cinéaste : chercher dans notre monde moderne des correspondances avec l’époque du dramaturge britannique. Si cet ambitieux projet s’annonce passionnant, sa concrétisation n’est malheureusement pas à la hauteur de nos espérances. Chez Almereyda, le royaume du Danemark devient la compagnie « Danemark corporation », Claudius est un PDG qui succède à son frère à la tête de cette multinationale, Hamlet, un étudiant, apprenti cinéaste qui ne se sépare jamais de sa caméra numérique, et Ophélie, une jeune photographe. Une relecture de l’histoire qui consiste avant tout à présenter les deux jeunes héros comme des artistes que leur regard lucide sur la société oppose aux cyniques de la trempe de Claudius. C’est d’ailleurs en réalisant un petit film expérimental qu’Hamlet confond son beau-père.

Almereyda, qui a bien retenu les préceptes de Debord, se lance dans une virulente diatribe contre la société de consommation et l’envahissement des images qu’il compare à l’oppression féodale du système monarchique. Partant de là, la mise en scène, étonnamment sage, se contente de placer les acteurs dans des décors actuels sur-signifiants : les rues envahies par la publicité, un distributeur de Pepsi, et, surtout, un magasin vidéo de la chaîne Blockbuster. Hamlet y récite sa fameuse tirade sur le sens de l’existence devant une pile de cassettes à l’effigie de la fameuse marque. A l’instar de cette scène, les métaphores d’Almereyda sont bien trop évidentes pour justifier une énième version du drame de Shakespeare. On préférera relire la pièce, plutôt que de supporter le Hamlet pesamment pop art du cinéaste américain.