Retour au collège toujours douloureux. La figure de l’enseignant est décidemment le cancre absolu du cinéma américain, il vire le plus souvent au bon copain et ses cours à l’impro démago. Dans le genre, Half Nelson ne fait pas les choses à moitié. Dan Dunne (Ryan Gosling) a tout pour lui, jeune, brillant, dégaine de branleur (cours d’histoire en Ray Ban, c’est cool), en plus il est prof de sport et même, il a une face sombre : la drogue.

On serait tenté d’imaginer dans le titre intrigant une once d’autodérision (un héros demi-portion), mais non, le film prend le chemin d’une crise gratinée. Un half nelson est une prise qui sert à immobiliser son adversaire au combat : saisi dans une contradiction douloureuse, le héros pas qu’à moitié n’en peut plus de souffrir (et d’ailleurs sa figure est bourrée de froncements type chien battu on ne peut plus explicites). Ryan Fleck essaie de donner de l’épaisseur : virée trouble en boîte de nuit, drague de filles louches, rails de coke et au petit matin, quand le réveil sonne, le gentil prof à peine couché pend son cartable pour aller parler des Civil Rights. On ne croit pas un seul instant à cette double vie tant l’acteur, un Guillaume Canet en chemisette, avec l’air presque aussi malin, tente en vain de vriller son personnage.

En gros sur l’affiche un « Sundance 2006 Meilleur film » racoleur et passablement mensonger (le grand prix 2006, c’est Echo park L.A. ! Half Nelson n’a reçu que les hommages de la critique dans la revue Indiewire). Le pitch est tout autant racoleur : un prof drogué meets une ado noire sans le sou. Une de ses élèves particulièrement mature l’aide en effet à sortir de cette impasse (le jeu retenu et la voix grave de Shareeka Epps – Drey – détonnent tout de même agréablement). La rencontre sent surtout la morale bien pensante et les bons sentiments. Pour couronner le tout, l’ensemble baigne dans une esthétique indé « filmé à l’arrach' » et monté du pied gauche à coup de faux raccords sur les états d’âme torturés du pédagogue junkie. C’est gênant.

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