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1
sur 5

La meilleure des positions : sujet horrifique, casting excitant, metteur en scène invisible (Nick Hamm, de la bluette Martha Frank Daniel et Lawrence à la série B The Hole), Godsend a tout à prouver sans jamais prétendre au chef-d’oeuvre. Peine perdue. Pataud, ridicule et sans âme, cette resucée paresseuse parvient sans mal à griller ses sympathiques cartouches. Sorti d’un fond de tiroir du Joël Schumacher des années 80, le film reproduit mécaniquement des formules ringardes, dénué d’une quelconque sympathie de nanar ou d’une virtuosité paresseuse de faiseur chevronné.

Pourtant, ça commence plutôt bien : Paul, prof de gauche, et Jessie, photographe, vivent leurs vicissitudes de trentenaires urbains dans une franche bonne humeur. Un destin de famille confortable qu’un drame efface d’un trait. Le fiston passe sous une voiture et la dépression s’ensuit pied au plancher pour le couple. Apparaît De Niro, la barbe méphistophélique et le pitch du film sous le bras : faire renaître le gosse par un savant clonage dans une clinique clandestine et changer les parents de cadre de vie pour éviter les contraignantes surprises de l’entourage. Direction une banlieue pavillonnaire anonyme, avec une maison grande, belle et légèrement hitchcockienne. Plutôt une bonne exposition qui bluffe par son traitement assez touchant des personnages. En quelques séquences, Nick Hamm bichonne le réalisme et la psychologie, décrit les tensions, la douleur, les frustrations quotidiennes. Vedettes en devenir, Kinnear et Rominj-Stamos habitent leur rôle en professionnels motivés : ils nuancent à mort, travaillent sérieusement leur composition de citadins comme les autres. De son côté, De Niro la joue sadique calme. Respect des traditions et promesses de spectacle bien manufacturé, on reste preneur.

Mais le jaillissement du surnaturel réduit ces bonnes impressions à néant. D’une bêtise totale et fumeuse, sidérant de vulgarité visuelle, le film révèle alors violemment son absence de maîtrise. Hamm s’en remet platement aux conventions du genre dans un renoncement déprimant et pathétique. Plus d’idée, plus d’angle : Godsend part à la dérive, empile les scènes sans vue d’ensemble. Point d’orgue de ce conglomérat filandreux : le grand-guignol agité ici ou là pour boucher les trous, entre une intrigue polardeuse inepte et une réflexion de Prisunic sur le clonage raëlien. Gamin possédé, baraque inquiétante dans la forêt et marteau rutilant qui s’élève dans la déferlante orageuse d’un éclair menaçant, rien ne manque au gibet du film, véritable benne à ordure au sens sanibroyeur. Pas d’interprétations, de malice ni même de naïveté amoureuse, rien qu’un cachetonage généralisé et profondément cynique. Circulez, y a vraiment rien à voir.