Nouvel épisode de l’impitoyable Charles-Villeneuvisation du polar à la française. Ce n’est pas que la formule soit honteuse en soi, qui consisterait, en gros, à étirer sur la surface d’un long métrage un sujet tiré d’un reportage TF1 / M6, avec flics besogneux frottés sur réel qui pique et parle de l’époque, le tout fantasmant le western urbain qui dépote. On croit même tenir un truc avec Go fast, le temps d’une planque en HLM plutôt bien sentie, à l’amorce du film. Le sujet, lui-même, est plutôt une bonne pioche, un beau point de départ. Les « go fast », ce sont ces convois lancés à toute berzingue pour rallier les cités depuis l’Espagne, le coffre chargé de came. Là-dessus se greffe, sans surprise, l’histoire d’un flic undercover (Roshdy Zem), qui se porte volontaire après que son collègue et ami s’est fait descendre par une bande de cailles super vénères et parties prenantes du trafic en question.

Le début, donc, drapé dans son ambition vaguement documentaire, est assez prometteur. Gourmet et son équipe sont en planque dans une HLM, auscultant la ronde des petits caïds de la cité dans l’oeil d’une batterie de caméras DV. L’idée du contrechamp panoptique, consignant la ronde des trafiquants en un ballet opaque de pixels, tandis que les flics sont ratatinés sous les fenêtres d’un appartement délabré, cette idée est assez belle. La scène dure, fonctionne, donne confiance dans ce qui est à venir (le prolongement sur la route de cette ambition de western urbain, l’argument grosses cylindrées par où s’invite le film). Patatras. Après avoir épuisé ses dernières velléités documentaires (les plantations au Maroc), le film prend la bretelle du film d’action (la partie automobile, interminable et molle comme une chique), et se retrouve embouteillé dans son impuissance terminale à fabriquer un soupçon d’intérêt. Mise en scène téléfilmesque, scénario rachitique aux encablures grotesquement dessinées (le portrait des gros caïds espagnols autour de la piscine, entre John B.Root et une pub pour une huile d’olive ; l’hypothèse d’un autre insider parmi le convoi), Go fast roule en direction du polar friedkinien pour s’écraser, ramené par un violent vent contraire, sur le mur télévisuel qui l’a vu démarrer sa course, et ressemble au final à un épisode trop long du Commissaire Moulin.

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