Petit maître du docu-menteur, l’ancien lascar de l’équipe de Spinal tap Christopher Guest poursuit une carrière discrète et sympathique. Avec quelques pépites au compteur, dont l’hilarant Bêtes de scène (sur les concours de beauté canins), Guest n’a jamais changé de cap : au tour d’Hollywood de passer à la moulinette avec For your consideration, sorte de making of en faux direct d’un tournage de série B en compagnie d’une petite galerie de ringards et de has-been du système. Rapidement, des rumeurs sur Internet font état de possibles nominations aux Oscar, ce qui fait exploser l’ambiance. L’aisance du cinéaste à mettre en mouvement des petits mondes sous cloche a fait ses preuves, ce qu’un démarrage archi-maîtrisé confirme très vite : personnages qui existent sitôt qu’ils apparaissent, dialogues qui crépitent, burlesque chaud comme la braise. Cette éloquence est sans nul doute la force de Guest, une rampe de lancement qui en placerait entre Woody Allen et les plus belles heures de la télé des Inconnus. De quoi voir loin ? Pas vraiment, car ainsi mis sur orbite, le film se relâche lentement et sûrement.

Le cadre explique peut-être le manque d’intérêt suscité par l’intrigue, sorte de rêverie ciné-nostalgique dans laquelle rien ne se raccroche à un quelconque principe de réalité, ni le studio ou le film qui s’y tourne (Home for purim, mélo yiddish ultra-kitsch), qu’on jurerait dater des années 1950, ni les shows TV ou radio sensés dynamiser le récit. On se doute que cet Hollywood de has-been et cet univers en sépia menacé de disparition fascine Guest, mais son aspect vieillot et suranné, malgré les gags qui font souvent mouche, incline dangereusement le film vers le moche, le tristoune, le pas jouasse. L’humour canaillou du cinéaste ne suffit pas à redresser la barre, et l’ensemble baigne dans son jus comme on le dirait d’un livre ancien dans une bibliothèque poussiéreuse. Coup de vieux ? Possible, mais pas si sûr : plutôt un délire un peu trop perso de la part d’un cinéaste qui, avec le buzz Internet qui lui sert de sujet, met en scène son propre manque d’accroche au présent avec une attachante – et rassurante – ironie.

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