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4
sur 5

La sortie imminente du jeu vidéo Evil Dead : A Fistful of boomstick sur Xbox occasionne un assez incroyable bug temporel : la reprise en salles du premier film de Sam Raimi (1981), bande d’épouvante sauvage et définitive qui instaura, dans la foulée des folies gore commises à partir du milieu des années 70 (en Italie avec Suspiria et les films de cannibales de Lenzi et Deodato ou aux USA, avec Zombie ou Maniac), la naissance d’une nouvelle approche du film d’horreur : sanglant, résolument, mais surtout hyper-ludique, avec l’instauration d’une dimension ironique, anarchiste et adolescente qui allait s’amplifier au cours des années 80. Avant les effusions fluo-gerbatiques de Street Trash ou Re-animator, Evil Dead acquit donc le statut de film étendard pour deux ou trois raisons : une mise en scène aux amphétamines, un déluge d’effets spéciaux artisanaux et la mise en place d’un univers plongeant directement ses racines dans le comics et la bande dessinée.

Sur une trame anorexique (cinq branquignols se retrouvent dans une maison hantée au milieu d’une sombre forêt), Raimi enchaîne les tours de force visuels avec une énergie prodigieuse. Conçu à partir d’un budget misérable, Evil Dead tire sa force d’une absence totale de complexes (l’affiche de La Colline a des yeux de Craven qui se trouve dans la cave dit bien que tout ici est question de flambe potache), où seul compte le plaisir forain de casser les règles d’un genre alors en pleine explosion. Voir Evil Dead aujourd’hui est avant tout l’occasion de constater où en est le genre aujourd’hui : la santé, le refus de toute limite de Raimi, notamment, peuvent être vus comme le parfait négatif des slashers programmatiques, cyniques et aseptisés qui saturent le marché contemporain.

Surtout, le film impose un héros, Ash, incarné par le trop rare Bruce Campbell, qui s’inscrit dans la continuité de celui crée par John Carpenter avec Snake Plissken dans New York 1997 : atemporel, indémodable, capable de se recycler indéfiniment (sous toutes les formes possibles : jusque au jeu vidéo, qui peut être considéré comme son véritable horizon) sans perdre la moindre nuance de son caractère originel : celui d’un trublion trash et anarchiste, affranchi de toute mode ou de tout épaisseur mercantilisante. L’intégrité artistique de Sam Raimi s’est depuis confirmée au fil des ans. Voici donc l’occasion de remonter aux origines d’un genre, le gore ludique, qui, s’il n’a laissé que peu de traces récemment (seul Peter Jackson a tenté de le pousser dans ses derniers retranchements, avant de sombrer dans le ridicule avec son atroce Seigneur des anneaux), reste l’un des plus singuliers et les plus novateurs des années 80-90.