Bruno Dega : réal sur L’Instit, scénariste de Restons groupés de l’inénarrable Jean-Paul Salomé. Jeanne Le Guillou : créatrice de Léa Parker sur M6, scénariste de Désaccord parfait, dernière comédie gérontophile d’Antoine De Caunes. Ce duo d’enfer enrichit son CV d’une nouvelle ligne, Détrompez-vous, comédie romantique toute simple, légère et tout, que la ménagère dégustera dans le multiplexe le plus proche – au pire, le film passera sur TF1 dans deux ans.

Le pitch : un gynéco et sa patiente se découvrent trompés par leurs conjoints. Dur ! La solution ? S’unir entre cocus pour empêcher le couple illégitime de se retrouver et monter toute sorte de stratagèmes rigolos, comme accompagner son mari jusqu’à son présumé avion à New York, diagnostiquer une mycose imaginaire ultra-contagieuse ou baiser son partenaire de force avant qu’il ne rejoigne sa maîtresse. Génial, non ? Détrompez-vous a beau nous harceler de répliques guillerettes, de positive attitude et de musique entraînante et jazzy, il ne se départit jamais d’une touche particulièrement sinistre. Ou comment le formatage, quand le moule est malformé, peut transformer un produit conçu pour la sympatocherie rassembleuse en vieille boîte à rires.

Déjà, l’humour, aux arcanes plus rances qu’un film des Charlots. Du « Chérie faut que j’y aille » en filature hôtelière, l’oxygène comique est sacrément vicié. Encore que, quand il malaxe franchement le vaudeville franchouillard, le film n’est pas plus honteux qu’un autre. On aimerait justement qu’il y reste dans le vaudeville, et définitivement, qu’une fiction s’installe pour une heure et demie, qui exploite l’espace, la vitesse. Ici, l’humour ne dépasse pas le stade du bon mot dont les comédiens doivent assurer seuls la mise en bouche, privés de scènes, de cadre, de séquences, de ce qu’on trouve à la louche dans n’importe quelle comédie américaine produite à la chaîne.

Mathilde Seigner ne s’en sort pas trop mal dans son registre habituel de viandarde mal embouchée, Cluzet tient la cadence, les deux autres beaucoup moins. Difficile de les blâmer, Roshdy Zem doit faire rigoler du chuintement des maçons portugais, façon Michel Leeb ; quant à Alice Taglioni, elle n’a jamais été si mal filmée de sa carrière et sa panoplie Woody Allen n’aide pas non plus. Dans ce clin d’oeil – plutôt un coup de coude – tient tout l’échec du film : confondre légèreté et bâclage, raffinement de la mise en scène et référence fines. Quand le cinéma populaire français se sera débarrassé d’amalgames pareils, Jacques Balutin fera du Carry Grant fingers in the nose.

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