Le premier film de Ann-Kristin Reyels semble hésiter entre deux voies. La voie de la crise (familiale, psychologique, voire métaphysique), terrain de prédilection de la Nouvelle vague allemande (Ping-pong, Montag…), dont sans doute on finit par se lasser ; et une autre piste, plus singulière et attachante qu’on pourrait dire romantique (celle peut-être ouverte par Désir(s)).

Un homme s’installe dans un village peu accueillant avec son fils. Isolés dans une grange en travaux au milieu des champs, l’un fait la rencontre d’une jeune fille muette et l’autre retrouve sa maîtresse, la sœur de son ex. D’abord, le film emballe avec des plans très beaux, délestés du scénario pesant de l’incommunicabilité : un garçon à bonnet court dans un champ de neige accompagné de deux grands chiens, au plan suivant il file en mobylette sur une petite route régionale, encore escorté de ses molosses. L’envolée et le dépaysement se poursuivent, portés par un paysage enneigé et une lumière givrée. Ensuite le garçon à bonnet rencontre la fille à bonnet, puis le couple propage sur l’ensemble du film une légèreté charmante et un romantisme neigeux. On pense à l’imaginaire lo-fi de la BD américaine (Blankets de Craig Thompson en particulier). Des chiens dans la neige s’amuse à bricoler des bizarreries qui restent en tête, sortes de vignettes enfantines et féeriques : un avion abandonné sert de mirador pour observer les sangliers, les enfants courent sur la glace avec des masques de chiens, une partie de ping-pong se change en ronde sensorielle. Ann-Kristin Reyels a le coup d’oeil lorsqu’elle filme ses deux jeunes acteurs et leurs grands chiens dans la nature.

Mais face au monde des ados nimbé de merveilleux, celui des adultes plombe le conte. L’affaire se gâte lorsqu’on retrouve les quadra en pleine crise, parents ratés et fatigués. On ne sait pas trop ce qui pousse alors la réalisatrice à dériver en ces terrains si balisés. L’espace se referme dans la maison, c’est-à-dire dans la famille, et réduit finalement l’imaginaire vaporeux à des signes lourdingues qui viennent simplement surligner les tensions larvées (notamment ce rat gelé dans la glace, métaphore du figement relationnel…). Victimes des parents, les ados et le film le sont également. L’histoire se termine autour d’une table à la Festen en règlement de comptes. On regrette que l’imaginaire ne s’empare pas du récit, qu’il fasse figure de joli fond et tourne à l’imagerie parfois même gratuite. A opposer la féérie romantique au sinistre scénario familial, Des chiens dans la neige finit par soumettre l’un à l’autre, et abandonne trop vite la piste d’une originalité prometteuse. Dommage.

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