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4
sur 5

Ceux qui suivent de près l’actualité du court métrage connaissent déjà le nom d’Orso Miret. Ses précédents films, Monumentaire (89), Une Souris verte (96) et Dans la forêt lointaine (95), ont permis au cinéaste de se bâtir une solide carte de visite grâce au succès festivalier qu’ils ont rencontré. Son premier long métrage ne les surprendra donc pas puisqu’on y retrouve étroitement imbriqués les thèmes de prédilection du cinéaste : l’Histoire et le travail de deuil. Fruit d’une longue maturation, De l’histoire ancienne affiche une réelle maîtrise des codes cinématographiques ; une équation parfaite pour une première incursion aboutie dans le long format.

Le prologue du film qui fait défiler sur l’écran des images d’archives datant de 1944 donne le ton. Il sera donc question de Mémoire, celle qu’on accorde aux événements de la grande Histoire mais aussi à ses proches disparus. Soit deux frères et une soeur qui viennent de perdre leur père, héros de la Résistance pendant la Seconde Guerre mondiale. A partir de ce schéma familial qui n’est pas si rare, Orso Miret construit un singulier canevas d’émotions dans lequel on suit le parcours intérieur de chacun des personnages. Avec pour fil conducteur la figure centrale du cadet, Guy, qui semble avoir le plus de comptes à régler avec cette soudaine perte. De l’histoire ancienne aborde la psychologie des personnages sous un angle résolument original, l’exact contraire d’un autre récit sur le deuil, le beau film de François Ozon, Sous le sable. Alors que ce dernier se focalise sur le personnage de Charlotte Rampling en ne la quittant pas d’une semelle afin de saisir les moindres palpitations provoquées par sa douleur, De l’histoire ancienne refuse l’identification par la multiplication des points de vue pendant la première heure du film.

Cette « décentralisation » se renforce avec la mise en perspective de cette épreuve personnelle avec l’Histoire, et le drame collectif. Faire du père de Guy, Fabien et Danielle un vétéran de la Seconde Guerre est loin d’être une « coquetterie » scénaristique. Elle permet au cinéaste de montrer que l’individu est aussi conditionné par des éléments d’une échelle supérieure à la sienne, sur lesquels il ne peut avoir de prise directe et qui continuent de le hanter bien après leur déroulement. Orso Miret laisse ainsi planer de mystérieuses zones d’ombre dans ses images, comme autant de symptômes d’une présence fantomatique qui formerait une poétique mais angoissante métaphore du souvenir. Cette tension créée par un passé trop présent et un présent « passéiste » s’incarne en Guy, qui sombre dans la folie à force d’entretenir la mémoire du mort. Observation attentive de l’articulation souvent douloureuse entre l’intime et le collectif, De l’histoire ancienne évoque subtilement la complexité des liens que nous tissons avec les deux h(H)istoires.